Assises des experts et universitaires engagés iraniens
La conférence des experts iraniens exilés en Europe et en Amérique du Nord, qui s’est tenue en décembre 2025, a été consacrée à l’examen des grandes crises qui frappent l’Iran sous la dictature religieuse, ainsi qu’aux solutions permettant d’y répondre.
Depuis plusieurs semaines, six groupes de travail avaient engagé des examens approfondis sur la situation de la santé et du médicament, de l’énergie, du droit et de la justice, du milieu universitaire et de la recherche, de la technologie et de l’environnement, avant de présenter leurs conclusions à la conférence.
Le constat commun de ces travaux est double : d’une part, l’ensemble des crises structurelles trouve son origine dans un siècle de dictatures monarchique puis religieuse, et la première étape pour y mettre fin est le changement de régime et l’instauration de la démocratie et de la souveraineté populaire ; d’autre part, malgré les lourds dégâts causés par cent années de dictature, ce pays à la beauté exceptionnelle pourra être reconstruit grâce aux projets et programmes du Conseil national de la Résistance iranienne, en s’appuyant sur les ressources naturelles et humaines de l’Iran ainsi que sur des spécialistes engagés et patriotes.
Maryam Radjavi : La communauté universitaire iranienne constitue l’épine dorsale d’une alternative démocratique
Chers professeurs, universitaires et experts iraniens,
Chères sœurs et chers frères,
Je vous adresse à tous mes salutations les plus chaleureuses. Votre rassemblement et vos efforts collectifs offrent une vision pleine d’espoir et d’inspiration pour l’Iran de demain.
Avant toute chose, rendons hommage à la mémoire du regretté Dr Mohammad-Ali Sheikhi, président de la commission des Universités du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI).
Le Dr. Sheikhi a indissociablement lié le savoir à la résistance pour la liberté. Pendant des décennies, dans le cadre du CNRI, il s’est battu pour la liberté des universités iraniennes, pour la liberté des étudiants et des professeurs victimes de répression, et pour l’émancipation de la science et de la technologie des chaînes de la tyrannie religieuse.

Un régime vaincu par le peuple et sa résistance
Chers amis,
Cette réunion revêt une importance particulière pour plusieurs raisons. Premièrement, nous vivons la phase terminale du régime. Comme l’a déclaré Massoud [Radjavi], le camp du peuple n’est plus qu’à un pas du soulèvement.
Deuxièmement, les conséquences de la tyrannie et de la dévastation causées par les mollahs se sont traduites par des crises paralysantes dans toute la société, rendant de plus en plus probable la perspective d’un soulèvement et d’un changement de régime.
Aujourd’hui, des signes d’incapacité et de paralysie sont visibles dans toute la structure de la dictature religieuse. Il n’y a pas un seul domaine – politique, économique, militaire, culturel ou technologique – dans lequel ce régime n’ait subi de défaite.
En 1979, la dictature du chah s’est effondrée sans être en guerre avec aucun pays étranger. Bien qu’il ait entièrement lié le destin de l’Iran, et de sa propre survie, à des puissances étrangères, il a subi une défaite totale, une défaite face à la société iranienne et à l’histoire même de l’Iran.
Le régime des mollahs, en revanche, a lié son destin à la guerre et à l’exportation de crises. Mais en réalité, ce régime a lui aussi déjà été vaincu, vaincu par le peuple iranien, par l’histoire de l’Iran et par la Résistance iranienne.
La question qui se pose alors est la suivante : pourquoi ces régimes en sont-ils arrivés à un tel état de défaite ?
Pourquoi, malgré les immenses richesses et ressources dont dispose le pays, malgré ses appareils militaires et sécuritaires colossaux, et malgré sa position stratégique au niveau régional et international, ont-ils fini par sombrer dans une paralysie et une impuissance aussi profondes ?
Était-ce simplement le résultat d’échecs de gestion ?
Ont-ils simplement échoué à surmonter les contraintes financières ?
Chacun de ces facteurs a bien sûr joué un rôle dans la situation actuelle. Mais aucun d’entre eux n’en est la cause profonde.
La véritable raison réside dans la voie suivie par les deux régimes au cours du siècle dernier et même avant, une voie qui découle directement de leur nature antipopulaire : celle de la tyrannie et du liberticide, en confrontation directe avec une société qui aspire à la liberté et à la démocratie.
Ces deux régimes diffèrent par leur nature – l’un étant une dictature dépendante, l’autre une dictature théocratique. Cependant, ils présentent des similitudes frappantes en termes de destruction, de pillage, de trahison des intérêts nationaux et de recours à la torture et à la répression.
La situation du pays sous le régime des mollahs n’a guère besoin d’explications. Pratiquement tout a été soit jeté dans la fournaise de la guerre et de la répression, soit pillé par des institutions affiliées à Ali Khamenei et aux gardiens de la révolution, les pasdarans.
De même, la propagande assourdissante du régime du chah sur l’édification d’une soi-disant « grande civilisation » s’est effondrée dans ses dernières années, au milieu de crises successives. Parmi celles-ci figuraient l’échec des projets agricoles et la migration massive des populations rurales vers la périphérie des villes, l’inflation galopante et les coupures de courant répétées qui ont plongé Téhéran dans le noir, en particulier entre 1975 et 1977.
Khamenei, lui aussi, avait promis une soi-disant « civilisation islamique moderne » et avait parlé avec emphase d’une économie fondée sur la connaissance. Aujourd’hui, on peut voir le résultat : une nation plongée dans la misère.
Oui, ces deux dictatures ont constitué des obstacles au véritable progrès des connaissances au cours du siècle dernier. Sous la monarchie Pahlavi, la dépendance a étouffé le développement indépendant de la science. Sous la tyrannie religieuse, le savoir lui-même a été utilisé comme une arme de destruction et un générateur de catastrophes. Les capacités scientifiques et de recherche de la nation, ainsi que les réalisations accumulées par des générations de chercheurs et de spécialistes iraniens, ont été détournées vers la production et l’assemblage d’armes de guerre.
Aujourd’hui, le régime iranien est connu pour ses bombes artisanales et ses drones meurtriers.

Dilapidation des richesses de l’Iran
La conclusion est claire. Au cours d’un siècle qui a vu des progrès industriels, scientifiques et technologiques considérables dans une grande partie du monde, au cours d’un siècle où l’Iran a engrangé des milliers de milliards de dollars grâce aux revenus pétroliers ; et dans un siècle qui a libéré un immense potentiel humain grâce à deux grandes révolutions, la révolution constitutionnelle et la révolution antimonarchique, ainsi qu’au mouvement de nationalisation de l’industrie pétrolière, le règne de ces deux dictatures a néanmoins condamné l’Iran à la stagnation, piégeant le pays dans un cycle de sous-développement et d’arriération.
En effet, la plus grande « réussite » des deux dictatures a été le gaspillage : dilapidation des richesses nationales, dilapidation du temps et dilapidation du capital humain — et, plus douloureux encore, dilapidation des professionnels, des spécialistes et des diplômés universitaires iraniens.
Reza Chah a gaspillé la précieuse opportunité créée par la Révolution constitutionnelle (de 1906), l’utilisant plutôt pour mettre en place un nouvel appareil de répression et de contrôle.
De même, le régime des mollahs a gaspillé l’occasion sans précédent qui a suivi la révolution antimonarchique, la consacrant à la guerre, au terrorisme et au massacre systématique des jeunes générations progressistes d’Iran.
En vérité, le régime criminel des mollahs est l’ennemi d’une vie et d’une existence dignes.
À l’heure actuelle, plus des dizaines de millions de personnes vivent dans la pauvreté en Iran, luttant quotidiennement pour survivre. Cette capitale de dix millions d’habitants est privée d’eau la nuit. Le lac d’Oroumieh, le deuxième plus grand lac salé au monde, s’est officiellement asséché. Le pays est plongé dans l’obscurité et subit des coupures d’électricité généralisées. Et pour la seule année dernière, près de 60 000 personnes sont mortes à cause de la pollution atmosphérique.
En même temps, des pendaisons barbares ont lieu chaque jour à l’aube, et plus de 2 000 exécutions cette année uniquement ont choqué le monde entier.
Oui, il s’agit d’un massacre simultané de vies humaines et de la nature. Voilà le grand crime commis par le régime des mollahs !
Pourtant, face à cette destruction et à ce massacre, certains restent déterminés et se battent pour la liberté et le droit des peuples à vivre librement.
Il s’agit d’une lutte sacrée contre une tyrannie religieuse sanguinaire, une lutte qui n’a connu ni pause ni répit. Près de cinq décennies de résistance : une résistance longue, ardue et souvent sanglante.
Si l’Iran porte aujourd’hui des blessures si profondes, il est tout aussi vrai que l’espoir y a pris racine, un espoir né de cette lutte même d’où jaillissent et grandissent les soulèvements.
Je suis convaincue que l’avenir de ce pays sera écrit par la volonté de ceux qui résistent au régime meurtrier et qui, grâce à leur détermination, triompheront.
Liberté, démocratique contre dictature et dépendance
Chers amis,
La leçon la plus importante à tirer du siècle dernier est claire : ni la dépendance ni la théocratie n’offrent une voie d’avenir à l’Iran. La dictature et la répression systématique des libertés ne mènent qu’à un cercle vicieux de stagnation et de destruction.
Ces crises ne peuvent être résolues que par une seule voie : la liberté et la démocratie.
La légitimité et l’authenticité de la solution proposée par la Résistance iranienne découlent de la lutte menée depuis 120 ans par le peuple d’Iran, depuis les débuts de la Révolution constitutionnelle jusqu’à ce jour. Cette aspiration durable s’incarne dans les deux principes que sont l’indépendance et la liberté.
Dans son programme publié en octobre 1981, le CNRI soulignait :
« Étant donné que la réalisation des slogans d’indépendance et de liberté correspond précisément aux priorités les plus essentielles pour le développement économique, social, culturel et politique de la société iranienne à ce stade, ils constituent les caractéristiques et le contenu les plus évidents de notre révolution. »
Notre Résistance, tout en adhérant fermement à ces principes, est tout aussi déterminée à faire en sorte que l’Iran de demain bénéficie des plus hauts niveaux de progrès scientifique et technologique.
Nous pensons que la démocratie est imparfaite et non viable si l’égalité des chances en matière d’emploi, de production et de protection sociale n’est pas garantie, et si les femmes iraniennes ne parviennent pas à obtenir leur pleine libération et égalité.
Cette Résistance se pose en porte-drapeau et en défenseur de la justice sociale pour l’Iran de demain. Cependant, la justice sociale ne peut être atteinte sans liberté, démocratie et égalité des genres.
En même temps, tous ces principes, de la liberté, l’indépendance et la souveraineté populaire à l’égalité des genres et la justice sociale, peuvent progresser de pair avec les avancées scientifiques et technologiques.
Notre message est clair : le dévouement aux idéaux et le progressisme vont de pair avec l’avancement des connaissances, faisant avancer la société et favorisant son plein développement.
Comme Massoud [Radjavi] le dit depuis longtemps : « L’expertise qui ne dépend pas de l’or est la véritable expertise. »
Le CNRI, dans son programme, met également l’accent sur l’extension d’un système fondé sur des conseils dans tous les aspects de l’administration du pays, appelant notamment à ce que les universités, entre autres institutions, soient gérées de manière indépendante sous la supervision d’un conseil universitaire.

Le capital pour l’édification d’un Iran libre
En ce qui concerne la perspective de la Résistance iranienne, il est important de noter que depuis sa création, le mouvement a abordé la lutte elle-même comme une forme de savoir. Sa compréhension de la société, de l’histoire et de l’humanité a été façonnée, en grande partie, par des principes scientifiques.
La conviction qu’il est possible de transformer à la fois les individus et la société découle de cette vision scientifique et fondée sur des principes. Notre mouvement reconnaît que dans la lutte entre la force qualitative et la puissance numérique de l’ennemi, le progrès dépend avant tout de l’expertise scientifique, technique et spécialisée.
Tout cela permet non seulement de sauver des vies au sein de notre mouvement, mais aussi d’amplifier considérablement sa capacité de lutte.
L’histoire en témoigne : ceux qui luttent pour la connaissance et la liberté en Iran se sont unis sur un même front contre la dictature.
Rappelons que quinze mois seulement après avoir pris le pouvoir, Khomeiny a lancé une offensive contre les universités, fermant nombre d’entre elles pendant plusieurs années. Il se sentait menacé par le cours de philosophie comparée que Massoud [Radjavi] enseignait à l’université Charif et par l’enthousiasme avec lequel la jeune génération y répondait. Khomeiny a déclaré : « Le danger que représentent les universités est encore plus grand que celui des bombes à fragmentation. »
Contrairement à ce régime, la grande majorité de la société iranienne aspire à la liberté et au progrès.
Les millions de spécialistes et d’experts diplômés parmi nos compatriotes constituent l’un des moteurs les plus importants du progrès et du développement de notre nation.
Le CNRI, avec ses partisans tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, rassemble un front de spécialistes, de chercheurs et de scientifiques progressistes. La communauté universitaire iranienne constitue l’épine dorsale d’une alternative démocratique.
La communauté universitaire iranienne, dont vous êtes tous l’avant-garde et les représentants, constitue le fondement d’une solution ancrée dans l’énergie créatrice du peuple iranien et dans la lutte de ses résistants et des combattants altruistes des Moudjahidine du peuple, désormais organisés en unités de résistance.
Elles sont aujourd’hui le moteur de la révolution démocratique iranienne visant à renverser la tyrannie, et demain, elles seront le capital du peuple iranien pour reconstruire notre patrie, l’Iran.
Avec une telle capacité en place :
Premièrement, les pseudos scrupules entretenus par les mollahs et leurs alliés concernant le chaos qui suivrait le renversement du régime sont sans fondement. Le CNRI, fort de cette compétence, est tout à fait capable d’assurer un transfert de pouvoir harmonieux et pacifique au peuple iranien.
Deuxièmement, les ravages et les revers causés par un siècle de dictature et de dépendance sont tout à fait réversibles. Les progrès de la liberté et de la démocratie en Iran iront de pair avec les progrès scientifiques et technologiques.
L’engagement des experts et des scientifiques
Chers amis,
Les circonstances critiques auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui rendent la responsabilité et l’engagement des scientifiques et des spécialistes iraniens plus essentiels que jamais.
Les grands esprits du savoir iranien, d’Avicenne à Al-Birouni, de Khawaja Nasir al-Din al-Tussi à Zakariya Razi et Al-Khwarizmi au cours du dernier millénaire, ainsi que la fière lignée des pionniers iraniens contemporains dans le domaine des sciences et technologies, ont été célébrés non seulement pour leurs réalisations scientifiques exceptionnelles, mais aussi pour leur profond sens des responsabilités envers leur peuple et leur patrie.
Le Livre écarlate des martyrs raconte l’histoire tragique d’innombrables personnes talentueuses et d’esprits brillants qui ont péri au cours des quatre décennies de règne des mollahs.
Comme l’a fait remarquer le Pr Gharib lors de la Convention de Washington : Il y a toujours eu et il y aura toujours des personnes qui consacrent toutes leurs connaissances, leur talent et leur expertise à la lutte pour la liberté du peuple iranien. Parmi elles, les combattants de la liberté d’Achraf 3, qui constituent une force inspirante pour la rébellion et le soulèvement dans la quête de la liberté.
La clique de Khamenei, avec ses alliés et partisans tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, cherche à censurer les unités de résistance et leurs opérations quotidiennes contre la répression.
Cependant, alors que les activités des unités de résistance se sont intensifiées, le régime a été contraint, il y a deux semaines, de réagir à grande échelle et de reconnaître la résistance des courageux fils et filles de l’Iran. Mais qu’il reconnaisse ou nie cette résistance importe peu : en fin de compte, c’est cette résistance pour la liberté qui aura le dernier mot.
La solution : une révolution démocratique
Chers amis,
Au cours des discussions d’aujourd’hui, vous avez examiné plusieurs crises majeures qui ont jeté une ombre sur la vie et le sort de notre peuple.
Mais au-delà de tous ces défis se cache la confrontation fondamentale et aiguë entre la société iranienne et le régime au pouvoir. C’est là le problème central pour l’Iran, son peuple et son histoire, et le moment est venu de s’y attaquer.
La solution inéluctable est une révolution démocratique.
Elle sera suivie du transfert démocratique du pouvoir au peuple iranien et, à terme, de l’instauration d’une république démocratique en Iran.
Au-delà des ténèbres de la réaction et de la tyrannie religieuse, nous pouvons déjà entrevoir un horizon radieux, une république de liberté, de savoir et de prospérité.
Nous imaginons un avenir où la fraîcheur et le renouveau remplaceront la stagnation, et où les filles et les fils de l’Iran, des plus jeunes aux plus âgés, apprendront et enseigneront, en se reconstruisant eux-mêmes et en reconstruisant la société.
Une société tissée de conscience et de liberté.
Une économie organisée pour cultiver les opportunités et le choix pour chaque citoyen.
Et des relations sociales dans lesquelles la discrimination et la coercition sont surmontées par le libre choix et la libération.
Oui, l’Iran peut et doit devenir un jardin de liberté et de justice. Et il le deviendra.
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