Intervention à l’audition de la Commission des droits humains du Sénat italien
Le jeudi 16 juillet 2026, à l’invitation de la Commission des droits humains du Sénat italien, Maryam Radjavi a participé à une réunion de cette commission. Elle y a présenté la situation des violations généralisées des droits humains en Iran et a échangé avec les sénateurs présents.
Cette réunion, sous les auspices de la sénatrice Stefania Pucciarelli, présidente de la Commission, s’est tenue en présence de membres de la commission comme Marco Lombardo, et d’autres sénateurs éminents comme Gisella Naturale, vice-présidente de la Commission européenne.
La sénatrice Stefania Pucciarelli a souligné que l’ampleur des souffrances et des épreuves endurées par le peuple iranien pousse à espérer que ses revendications de longue date trouvent prochainement satisfaction.
Le sénateur Terzi, également présent à cette réunion, a déclaré :
Le mouvement de résistance iranienne, représenté par Mme Radjavi, est celui qui entretient les liens les plus étroits et présente la plus grande conformité avec les concepts fondamentaux de l’État de droit et de la défense des droits humains que nous avons toujours soutenus. Ce mouvement témoigne de la profondeur historique d’un combat fondé sur les principes démocratiques et les valeurs humaines.
Cette réunion a été diffusée en direct sur le site du Sénat italien sous le titre :
« Commission extraordinaire pour la protection et la promotion des droits humains : rencontre avec Mme Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne », via la plateforme officielle webtv.senato.it.
1. Quels sont les principaux points du discours de Mme Radjavi à l’audition de la Commission ?
2. Qu’a déclaré Maryam Radjavi au Sénat italien sur les exécutions politiques et les violations des droits humains en Iran ?
3. Pourquoi le Conseil national de la Résistance iranienne demande-t-il une action de la communauté internationale contre les exécutions et les violations des droits humains en Iran ?
Vous pouvez consulter ci-dessous le texte intégral du discours de Maryam Radjavi :
Maryam Radjavi : Les mollahs ont lancé une offensive brutale contre tous les aspects des droits humains du peuple iranien
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les membres de la Commission des droits humains du Sénat italien,
Mesdames les sénatrices et Messieurs les sénateurs,
Je vous remercie de l’attention que vous portez à la situation des droits humains en Iran. Lors d’une audition similaire devant cette même commission, en juillet dernier, j’avais exposé les conséquences de la répression et des atteintes aux libertés auxquelles se livre la dictature religieuse en Iran.
Malheureusement, au cours de l’année écoulée, l’offensive brutale du régime contre tous les aspects des droits humains du peuple iranien s’est intensifiée. Depuis juillet dernier, environ 2 400 personnes ont été exécutées. Profitant du climat de guerre qui règne ces derniers mois, la dictature religieuse a procédé à des arrestations massives d’opposants et à des exécutions politiques.
Des dizaines de prisonniers politiques ont été pendus, dont dix membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple et de nombreux jeunes pour leur participation au soulèvement de janvier.
Les corps des Moudjahidine du peuple exécutés n’ont toujours pas été rendus à leurs familles, qui ignorent où ils sont inhumés. Les condamnations à mort continuent de tomber.
Des milliers de prisonniers sont condamnés à la peine capitale. Ces jours-ci, 1500 condamnés à mort se sont mis en grève à la prison de Ghezel-Hessar dans la ville de Karadj pour demander l’arrêt de la machine à exécuter.
Le cas le plus récent et le plus choquant est celui d’Arghavan Fallahi, une jeune femme de 25 ans qui a subi des mois d’isolement carcéral et de sévères actes de torture, tandis que son père reste lui aussi injustement emprisonné.
Toutes les exécutions sont menées sur la base de décisions politiques dans le but d’instaurer un climat de terreur afin d’empêcher la reprise du soulèvement. De ce fait, le droit à un procès équitable est systématiquement bafoué. Ces crimes sont commis selon un schéma qui constitue une violation flagrante du droit international.
En décembre dernier, une analyse juridique de l’Association internationale du barreau a détaillé comment les lois restreignant les poursuites politiques, l’ingérence des organes de sécurité et la prise de contrôle des barreaux en Iran ont systématiquement érodé le droit à la défense et sapé les garanties d’un procès équitable pour tous les Iraniens.[1]
Durant cette période, le régime a détruit plusieurs centres de partis kurdes en Iran à coups de missiles et d’attaques de drones et fait plusieurs victimes. Dès le début du soulèvement iranien fin décembre 2025, le régime a coupé l’accès à Internet dans tout le pays, une mesure qui s’est poursuivie plusieurs semaines après le cessez-le-feu. Cette coupure totale et nationale d’Internet, qui a duré quatre mois et dix-huit jours, constitue un instrument de répression en Iran.
Pendant le soulèvement, lors d’un discours public, Khamenei a ordonné de tuer les insurgés. Les Gardiens de la révolution et les autres forces de sécurité ont abattu des milliers de personnes dans les rues et en ont arrêté au moins 50 000. Le régime a diffusé sans vergogne les corps groupés de victimes à la télévision afin d’intimider la population. Cependant, les familles et la population ont transformé les funérailles et les commémorations de leurs enfants en mouvements de protestation contre le régime.
Le silence de la communauté internationale
Mesdames et Messieurs,
Les exécutions politiques de ces derniers mois ont profondément choqué le monde entier. Pourtant, les gouvernements ont gardé le silence. Malheureusement, depuis des années, la communauté internationale protège le régime iranien et ses dirigeants de toute sanction pour leurs crimes. L’un des plus grands crimes restés impunis est le massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988, dont nous commémorons aujourd’hui le 38e anniversaire.
Le Pr. Javaid Rahman, alors rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Iran, notait dans son rapport de 2024 que :
Les crimes odieux signalés témoignent des violations des droits humains les plus graves et les plus flagrantes de l’histoire moderne, au cours desquelles de hauts responsables gouvernementaux ont conspiré et ont été activement impliqués dans la planification, l’ordre et la commission de crimes contre l’humanité et d’un génocide contre les ressortissants de leur propre pays.
Des crimes documentés par la Résistance
Les mollahs au pouvoir refusent toujours de fournir la liste des personnes massacrées. Ils n’ont même pas communiqué l’adresse de leurs tombes. Ils ont occulté toute trace de ce génocide.
A ce jour, la Résistance iranienne a publié les noms de plus de 5 000 Moudjahidine du peuple massacrés, dans l’ouvrage « Crimes contre l’humanité ».
Par ailleurs, elle a publié un ouvrage documentaire sur les massacres dans les prisons régionales en Iran, intitulé « Le génocide des Moudjahidine du peuple – Le massacre de 1988 dans les provinces », ainsi qu’un autre recueil intitulé « Le massacre des femmes Moudjahidine du peuple à la prison d’Evine », et un troisième intitulé « La cellule était vide», portant sur le massacre de femmes Moudjahidine du peuple à la prison d’Ispahan. Ces documents apportent un éclairage nouveau sur le grand crime de 1988.
Pour la liberté et la dignité
Depuis mon passage devant cette commission l’an dernier, dix membres des Moudjahidine du peuple ont été exécutés. En résumé, le régime les accuse d’avoir refusé de se soumettre à la tyrannie religieuse et d’avoir défendu la liberté et la dignité humaine.
L’un d’eux s’appelle Pouya Ghobadi, qui, avec Vahid Bani-Amerian, est originaire de Sonqor, dans l’ouest de l’Iran. Ingénieur électricien, Pouya Ghobadi avait 33 ans lorsqu’il a été exécuté. Arrêté à l’âge de 26 ans, il avait subi de nombreuses tortures. Dans l’un de ses derniers messages depuis la prison, Pouya a écrit : « Si la liberté de ce peuple peut être acquise au prix d’un sang comme le mien, je le verserai volontiers pour la libération de mon peuple. »
Vahid Bani-Amerian a déclaré : « J’ai trouvé le sens de la vie en me rebellant contre l’oppression et en me sacrifiant pour la cause de la liberté et de la justice. »
Vahid et Pouya figurent parmi les six prisonniers qui, la veille de leur exécution, ont courageusement entonné en prison un chant de résistance et de persévérance. Selon un média italien, ce chant reflétait leur existence, dédiée à la résistance.
Oui, les massacres n’ont pas réussi à éteindre la flamme de la résistance qui brûle sans relâche en Iran depuis 45 ans. Une résistance qui, aujourd’hui, s’appuyant sur des foyers de rébellion dans les villes iraniennes, est une force déterminante pour le changement.
Subordonner toute relation à un arrêt des exécutions
Le Conseil national de la Résistance iranienne, qui entrera dans sa 46e année d’existence le 21 juillet, a toujours lutté pour la paix et la liberté.
Pour l’Iran libre demain, nous prônons l’interdiction de la torture et l’abolition de la peine de mort. Depuis quatre décennies, dans la confrontation avec Khomeiny, nous dénonçons les lois de la charia des mollahs et la loi du talion comme inhumaines et contraires aux enseignements de l’islam.
Dans l’Iran de demain, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité complète entre les femmes et les hommes, ainsi que les libertés et droits individuels et sociaux seront garantis conformément à la Déclaration universelle des droits de l’homme, et tous les systèmes de répression, de censure et d’inquisition seront dissous.
Dans l’Iran de demain, le pouvoir et le système judiciaires seront indépendants et fondés sur le principe de la présomption d’innocence, et l’autonomie des minorités ethniques iraniennes ainsi que l’élimination de leur double oppression seront garanties.
Le peuple iranien et sa résistance attendent de l’Italie, pays pionnier dans l’abolition de la peine de mort dans le monde, qu’elle prenne des mesures et des décisions efficaces au sein de l’Union européenne contre les tueries et les exécutions en Iran.
Parmi ces mesures :
– Subordonner toute relation diplomatique et commerciale avec le régime à l’arrêt des exécutions.
– Des poursuites judiciaires lancés par les Etats contre les criminels au pouvoir en Iran, conformément au principe de compétence universelle.
– Porter devant le Conseil de sécurité de l’ONU les cas des violations des droits en Iran. Veiller à ce que tout accord comprenne un moratoire sur les exécutions et oblige le régime à autoriser les missions d’enquête de l’ONU et les rapporteurs spéciaux à visiter les prisons en Iran et à avoir un accès sans restriction aux prisonniers, notamment aux prisonniers politiques.
[1] Dr Mark Ellis, directeur général de l’Association internationale du barreau, 10 décembre 2025, lors d’une intervention au Parlement européen
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