Conférence au Parlement européen sur la résistance iranienne
Maryam Radjavi : Reconnaissez la lutte du peuple iranien pour renverser la tyrannie religieuse
Mesdames et messieurs les eurodéputés,
Chers amis,
À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, rendons hommage à celles et ceux qui résistent pour la liberté et la démocratie. Celles et ceux qui sacrifient leur vie pour les droits humains et leur donnent un sens.
La Déclaration universelle des droits de l’homme – née de la douleur et de la souffrance de millions de personnes sacrifiées durant la première moitié du siècle dernier – fait référence dans son préambule à celle et celui qui est « contraint, en dernier recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression ».
Aujourd’hui, je suis venue à la Maison de la démocratie des peuples européens pour appeler les élus des nations d’Europe et tous les peuples et gouvernements du monde à reconnaître le droit du peuple iranien à lutter pour renverser la tyrannie religieuse.
Un rythme accéléré
Chers amis,
Six mois se sont écoulés depuis que je me suis adressée à vous, dans ce même parlement, à propos de la situation en Iran, le 18 juin. Les événements survenus durant cette courte période témoignent du fait que la société iranienne et le régime en place évoluent à une vitesse sans précédent vers une situation nouvelle.
Khamenei a pour l’essentiel perdu son soi-disant « axe de la résistance » qu’il avait lui-même inventé, c’est-à-dire la guerre par procuration, l’exportation de l’intégrisme religieux et du terrorisme, qui servait de bouclier de survie à son régime.
La chute de la dictature d’Assad en Syrie, l’affaiblissement du Hezbollah au Liban et la neutralisation de ses supplétifs ont rendu le régime vulnérable à un renversement par le peuple iranien.
D’après les derniers résultats des mises en scène électorales, la base sociale du régime s’est effondrée. L’ancien président des mollahs a récemment déclaré que 90 % de la population s’oppose aux lois parlementaires du régime.
Des factions au sein du pouvoir, qui considèrent Khamenei affaibli, le contestent pour l’échec de sa stratégie.
Au sein du parlement clérical, elles réclament ouvertement la condamnation de leur propre ex-président, Rohani, à plusieurs fois la peine de mort.
Par ailleurs, l’économie du pays est instable et incontrôlable. Les pénuries structurelles d’eau, d’électricité et de gaz ont engendré un mécontentement populaire chronique. L’inflation annuelle a dépassé les 40 %, la valeur de la monnaie officielle est en chute libre, le déficit budgétaire a mis le régime à genoux et l’extrême pauvreté de dizaines de millions d’Iraniens, la faim qui touche au moins sept millions de personnes et la mortalité annuelle de près de 60 000 personnes due à la pollution atmosphérique ont exacerbé le mécontentement populaire.
Cependant, ce régime est sans solution et totalement incapable de réformes politiques ou économiques. Il ne peut un seul jour ou une seule heure détourner son attention de la répression sociale, la fabrication d’armes nucléaires, le bellicisme et le terrorisme. Les mollahs au pouvoir ne cachent plus qu’ils sont dans une impasse quant à leur propre survie.
De son côté, le réseau de résistance s’est étendu dans diverses provinces. La résistance a progressé sur plusieurs plans et la jeune génération, en Iran comme à l’étranger, rejoint de plus en plus le mouvement.
Oui, aujourd’hui, la crise la plus grave et le plus grand danger pour le régime clérical sont le mouvement du peuple iranien et de sa résistance qui s’oriente vers un soulèvement organisé.
Un point de vue prouvé
Chers amis,
Honorables eurodéputés,
Les événements des six derniers mois, tout en rendant incontestable la nécessité de renverser le régime, ont également balayé les pseudo-solutions et les fausses pistes.
La présentation d’alternatives improvisées n’a plus sa place.
Certains espéraient une intervention de gouvernements et de puissances. Cette solution, virtuelle et illusoire, a lamentablement échoué.
D’autres tentaient de faire miroiter un changement au sein de ce régime criminel. Cette illusion a elle aussi été discréditée.
Et d’autres encore, par intérêt commercial et diplomatique, préconisaient la complaisance avec la tyrannie religieuse ; eux aussi ont sombré.
Nous avons maintes fois averti que la politique de complaisance ouvrirait la voie à l’incitation à la guerre par les mollahs, et c’est précisément ce qui s’est produit.
En revanche, ce qui a été prouvé et dont la justesse et les fondements ont été mis en lumière, c’est l’option de la résistance, c’est-à-dire la troisième voie : le renversement du régime par le peuple iranien et sa résistance.
Une résistance qui s’appuie sur une force combative et désintéressée, qui a toujours placé l’indépendance et la liberté au cœur de ses préoccupations.
Il est réconfortant de constater qu’aujourd’hui, dans le camp du peuple iranien, il y a des personnalités et des groupes politiques, malgré leur diversité ethnique ou de convictions, qui s’accordent de plus en plus sur ces trois principes :
– Le premier principe est le renversement de la dictature religieuse, ce qui est possible grâce à la lutte et à la volonté du peuple iranien, et non par l’ingérence d’une quelconque puissance ou gouvernement étranger.
– Le deuxième principe est une démarcation claire avec le chah et les mollahs.
– Et le troisième principe est la séparation de la religion et de l’État.
Ce sont les principes que le Conseil national de la Résistance iranienne a mis en avant dans le cadre du Front de solidarité.
Bien que les vestiges de l’ancien régime continuent de rêver à la restauration de leur dictature et de la dépendance, la société et l’histoire iraniennes ne retourneront pas au passé et ne resteront pas figées dans le présent.
Le peuple iranien ne veut ni une dictature monarchiste, ni une dictature religieuse, mais aspire à un avenir fondé sur la liberté, la démocratie et l’égalité, sur la séparation de la religion et de l’État, sur l’égalité entre les femmes et les hommes, sur l’autonomie du Kurdistan iranien, sur l’abolition de la peine de mort et sur un Iran non nucléaire.
Un point de non-retour
Chers amis,
Permettez-moi de souligner quelques conclusions importantes :
Premièrement, le régime clérical ne renoncera pas à la répression, à son programme de bombe atomique, à son bellicisme ni à son terrorisme jusqu’à son renversement, mais il lui est impossible de revenir aux conditions et à l’équilibre antérieurs et d’échapper au soulèvement et à sa chute.
Deuxièmement, Khamenei et ses complices tentent désormais de gagner du temps et de retarder le soulèvement et le renversement de leur régime par des manœuvres répétées, sous couvert de négociations.
Cependant, nous persistons à encourager Khamenei à renoncer à sa quête des armes nucléaires et balistiques et de boire jusqu’à la lie la coupe du poison. Cela raccourcira son chemin vers le renversement et sera bénéfique au peuple iranien.
Comme l’a déclaré le dirigeant de la résistance iranienne Massoud Radjavi : « La feuille de route de Khamenei a été déjà tracée par le chah et Bachar al-Assad. S’il ne l’accepte pas, c’est le pire qui l’attend. »
Troisièmement, la politique occidentale envers l’Iran, menée depuis plusieurs décennies dans le cadre de la complaisance, a échoué. Autrement dit, tous les efforts déployés pour maintenir la tyrannie religieuse, bloquer la voie à un changement démocratique en Iran et permettre au régime d’intervenir et de fomenter des conflits dans la région ont échoué, et toute tentative de relancer cette politique est vaine.
Le silence de l’Europe est inacceptable
Mesdames et messieurs,
En raison de l’état d’urgence actuel, les mollahs ont intensifié leurs opérations de diabolisation et de guerre psychologique contre le mouvement de la résistance.
Des agents du sinistre ministère du Renseignement tentent de discréditer l’OMPI, principale force de résistance en Iran, en propageant aussi des mensonges auprès des parlementaires européens. Ils accusent l’OMPI de laver le cerveau de ses membres et de les emprisonner.
Ils diabolisent les Moudjahidine du peuple de la cité d’Achraf 3. Ils ne supportent pas de savoir qu’ils sont une source d’inspiration pour la lutte des jeunes et des femmes d’Iran.
En réalité, les mollahs tentent d’exporter la terreur et la répression en Europe.
Pour alimenter ces mises en scène et ces accusations, le régime organise depuis deux ans un procès à Téhéran pour juger les Moudjahidine du peuple (OMPI) et plus d’une centaine de responsables et membres de cette résistance.
Le mollah qui sert de juge fantoche dans cette affaire, exige que les gouvernements européens extradent les membres de la résistance, notamment ceux qui sont réfugiés en Europe depuis des décennies.
Par ces demandes et des appels similaires, le régime tente de saper la crédibilité internationale de la résistance du peuple iranien.
Des documents internes du ministère des Affaires étrangères des mollahs révèlent que des responsables de plusieurs ministères, du pouvoir judiciaire et des Gardiens de la révolution mettent en œuvre un plan intitulé : « discréditer » la résistance.
Maintenant que la reconnaissance de la lutte du peuple iranien pour le renversement du pouvoir gagne de plus en plus de terrain, les mollahs ont plus que jamais besoin de mettre en scène leurs conspirations.
Ces accusations visent également à justifier l’exécution de membres de la résistance. Actuellement, 18 prisonniers politiques sont condamnés à mort pour appartenance à l’OMPI.
Nous appelons l’Union européenne et ses États membres à rompre leur silence à ce sujet. Nous les exhortons à ne plus hésiter à inscrire le Corps des gardiens de la révolution de Khamenei sur la liste des entités terroristes.
Le Parlement européen a demandé à plusieurs reprises cette inscription dans ses résolutions.
Plusieurs parlements en Europe, comme en Suède, aux Pays-Bas et en Belgique, ont voté en faveur de la nécessité de cette désignation. Des gouvernements comme ceux du Canada, des États-Unis et d’Australie ont inscrit cette force néfaste sur leurs listes des organisations terroristes. Par conséquent, l’Union européenne ne devrait plus hésiter à procéder à cette inscription !
Nous attendons également du Parlement européen qu’il saisisse le Conseil de sécurité de l’ONU du dossier des violations des droits humains en Iran.
Cette année, le régime criminel de Khamenei a déjà exécuté plus de 1950 personnes, soit deux fois plus que l’an dernier, le chiffre le plus élevé des exécutions de ces dernières 37 années.
Dans ce contexte critique et périlleux, le peuple iranien interpelle les gouvernements du monde : combien de temps encore ce silence et cette inaction ?
Récemment, la Troisième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies a présenté dans sa résolution, des informations détaillées sur les nombreux crimes du régime, notamment le massacre de prisonniers politiques en Iran en 1988.
Le fait que le massacre soit officiellement reconnu pour la première fois en 37 ans constitue une étape importante pour le mouvement pour la justice en faveur des victimes.
Ceci est dû notamment aux efforts du Rapporteur spécial, le Pr Javaid Rehman, et d’autres défenseurs des droits humains. Mais cela ne suffit pas.
Dans son rapport de juillet 2024, le Pr Javaid Rehman a qualifié les exécutions des années 1980 et le massacre de 1988 de génocide et de crimes contre l’humanité, et a appelé à ce que les responsables de ces crimes soient poursuivis par les États membres de l’ONU dans le cadre de la compétence universelle.
Il est temps que toutes ces demandes soient mises en œuvre.
La seule solution
Chers amis,
Honorables eurodéputés,
Permettez-moi de résumer mon intervention d’aujourd’hui en quelques points :
La situation en Iran a atteint un point critique. Le régime clérical n’a plus plusieurs options ni de multiples choix ; il ne lui reste qu’une seule voie : soit le renversement en raison de sa fuite en avant, de la répression intérieure et de son aventurisme agressif à l’international, soit le renversement suite à une marche en arrière.
En face, le peuple iranien non plus, n’a pas plusieurs choix. Il n’y a qu’un seul choix : le soulèvement organisé et le renversement de la tyrannie religieuse en Iran.
Oui, nous n’avons qu’une destination et une seule qui se présente à nous : la victoire.
Il n’y a qu’une seule voie possible : la révolution démocratique, le transfert démocratique du pouvoir au peuple iranien et enfin l’instauration d’une république démocratique en Iran.
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