Message à une conférence sur la quête de la justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran
À l’occasion du 38e anniversaire du massacre de prisonniers politiques de 1988 en Iran, une conférence internationale intitulée « Crimes contre l’humanité en cours : les exécutions politiques en Iran et la responsabilité d’agir » s’est tenue le 5 septembre 2026. Cet événement en ligne a été organisée à Paris à l’initiative de la Fondation Justice pour les victimes du massacre de 1988 (JVMI).
La conférence a réuni des juristes, d’éminents experts des droits humains, des procureurs internationaux et d’anciens hauts responsables de l’ONU. Parmi les intervenants figuraient le professeur Javaid Rehman (ancien rapporteur spécial de l’ONU sur l’Iran), Stephen Rapp (ancien ambassadeur des États-Unis pour la justice pénale internationale et ancien procureur en chef des Cours internationales de Justice), le Pr. Claudio Grossman (membre de la Commission du droit international de l’ONU), Mark Ellis (directeur exécutif de l’Association internationale du barreau), Grazyna Baranowska (membre du Groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées) et Leopoldo Maldonado Gutiérrez (rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté d’expression).
Dans un message vidéo adressé à la conférence, Maryam Radjavi a estimé que la nouvelle vague d’exécutions politiques découle de l’impunité dont jouissent les auteurs du massacre de 1988. Les participants et les juristes invités ont souligné la nécessité de mettre fin à des décennies d’impunité pour les auteurs du massacre de 1988 et ont appelé à un arrêt immédiat des exécutions en Iran.
Les points clés du message de Maryam Radjavi étaient les suivants :
- Le lien entre les exécutions actuelles et le massacre de 1988 : la reproduction par le régime du schéma de répression et de meurtres de 1988 par crainte d’un soulèvement populaire et dans le but de créer un climat de terreur.
- La place du Mouvement pour la justice : Le rôle central de la quête pour la justice en faveur des victimes comme partie intégrante de la stratégie de renversement du régime et d’instauration de la démocratie.
- Les engagements du Conseil national de la Résistance iranienne pour l’Iran de demain.
Retrouvez ici le texte du message de Maryam Radjavi à cette conférence :
Maryam Radjavi : la quête pour la justice s’inscrit dans le mouvement du peuple iranien pour le renversement du régime et la victoire de la révolution démocratique en Iran
Alors que les exécutions politiques se multiplient, nous commémorons le 38e anniversaire du massacre de prisonniers politiques en Iran en 1988. L’ordre de Khomeiny était clair : Tous les prisonniers Moudjahidine du peuple, l’OMPI, restés fidèles à leurs convictions devaient être exécutés. Mais par la suite, les exécutions ont également visé d’autres prisonniers politiques. Cependant, 90 % des victimes exécutées étaient affiliées à l’OMPI. Elles incarnent l’esprit de résistance qui se transmet de génération en génération, alors qu’elles se dressent pour la liberté.
En août 1988, dans une lettre adressée au Secrétaire général des Nations unies, Massoud Radjavi, le dirigeant de la Résistance iranienne, déclarait : « Selon des informations fiables, il y a plusieurs semaines, Khomeiny a signé de sa propre main un ordre d’exécution des prisonniers politiques soutenant l’OMPI. »
Comme l’a dit la regrettée baronne Boothroyd : le massacre de 1988 a été le plus grand massacre de prisonniers politiques depuis la Seconde Guerre mondiale.
En 2024, le rapporteur spécial des Nations Unies sur l’Iran, le professeur Javaid Rehman, qualifiait ces faits de crime contre l’humanité et de génocide. Cependant, le monde est resté silencieux et passif. De ce fait, ceux qui ont ordonné et perpétré ce massacre jouissent d’une impunité totale jusqu’à ce jour.
Répétition du schéma du massacre de 1988
Aujourd’hui, nous sommes confrontés à de nouvelles violations des droits humains qui suivent le même schéma.
Après avoir massacré des manifestants lors du soulèvement de janvier 2026, le régime a profité de la situation de guerre pour lancer une nouvelle vague d’exécutions, craignant un autre soulèvement.
Tout comme en 1988, d’un côté, on constate la brutalité du régime. De l’autre, on observe la résistance des prisonniers politiques qui restent fidèles à leurs convictions.
Vahid Bani-Amerian faisait partie des victimes récemment exécutées. Dans une vidéo envoyée depuis sa cellule, il s’est adressé au Guide suprême du régime en déclarant : « Sois assuré que si tu m’exécutes, moi et ceux de ma trempe, nous serons encore plus nombreux à nous soulever. Cela arrivera même si tu caches nos corps. Et sois certain que ton régime ne pourra échapper au renversement. » Lorsqu’on lui a demandé de se repentir pour échapper à la potence, il a répondu :
« Je déclare haut et fort que pour la liberté de l’Iran, je ne négocierai pas ma vie avec vous. » Il a ensuite ajouté : « Voici mes derniers mots à votre intention, vous les bourreaux : votre nature est la même nature malfaisante que celle des bourreaux de 1988. Et notre réponse est la suivante : si rester en vie signifie renoncer au nom de Moudjahidine du peuple, alors honte à une telle vie. ».
Pouya Ghobadi était un autre prisonnier politique récemment exécuté. Dix jours après le début du soulèvement de janvier 2026, il écrivait dans une lettre depuis sa cellule : « Si j’étais hors de la prison aujourd’hui, j’aurais le devoir de me battre en première ligne des manifestations populaires. Du fond du cœur, je me joins au peuple héroïque pour crier : « À bas le tyran, qu’il soit chah ou mollah ! » Je jure que sur le chemin de la liberté pour mon peuple, je ne céderai jamais à ce régime d’exécutions et de massacres. »
Il ne s’agit pas là d’exemples isolés. Ils sont représentatifs de la jeune génération iranienne.
Ces derniers mois, au moins 40 exécutions politiques ont eu lieu, et de nombreux autres prisonniers attendent leur pendaison.
Le régime cherche à terroriser la population
Ces exécutions sont menées en violation flagrante du droit international et des garanties d’une procédure régulière. Cependant, leur principale raison n’est pas liée aux dossiers des prisonniers, mais au besoin qu’a le régime de procéder à des exécutions. Ce qui reste de ce régime veut intimider une génération qui s’est engagée dans la lutte pour le renverser.
Le mouvement pour la justice s’inscrit dans le cadre du mouvement du peuple iranien visant à renverser le régime et à mener à bien une révolution démocratique.
Grâce à ces efforts, l’an dernier, pour la première fois, les États membres des Nations unies ont officiellement reconnu les exécutions illégales et arbitraires de 1988 dans la résolution annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies sur l’Iran. Il s’agit d’un premier pas important. Mais la justice exige des décisions contraignantes et des mesures bien plus fermes.

La justice dans l’Iran de demain
Mesdames et Messieurs les dignitaires,
À l’opposé total du régime, le Conseil national de la Résistance iranienne a pris les engagements suivants dans son programme : La peine de mort sera abolie.
Il y aura un système judiciaire indépendant et un pouvoir judiciaire autonome, fondés sur les normes internationales, notamment la présomption d’innocence, le droit à une défense publique et l’indépendance des juges.
Les lois religieuses des mollahs seront abrogées, et les soi-disant « tribunaux révolutionnaires » seront dissous.
Les auteurs du massacre de 1988 se sont rendus coupables de crimes contre l’humanité, de génocide et d’actes de terrorisme au cours des quatre dernières décennies. La plupart d’entre eux occupent encore des postes à responsabilité. Comme l’a courageusement demandé le rapporteur spécial des Nations unies, le professeur Javaid Rehman, dans son rapport de juillet 2024, au nom de la Résistance iranienne, j’appelle tous les gouvernements à prendre les mesures suivantes :
Premièrement, mettre en place un mécanisme international permettant de traduire en justice les responsables du massacre de 1988.
Deuxièmement, recourir à la compétence universelle pour poursuivre les responsables de ce massacre.
De plus, nous appelons tous les gouvernements à subordonner leurs relations commerciales et diplomatiques avec ce régime à l’arrêt immédiat des exécutions et à la libération de tous les prisonniers politiques.
Les gouvernements doivent également veiller à ce que chaque accord international conclu avec ce régime prévoie l’arrêt des exécutions, de manière contraignante et vérifiable.
Le 12 décembre dernier, j’ai assisté à la cérémonie du « Dernier Poste » à la Porte de Menin, dans la ville d’Ypres, en Belgique. Là-bas, j’ai déposé des fleurs en mémoire des soldats des nations européennes dont on ignore le nom et qui n’ont pas de tombe connue.
À ce moment, mon cœur et mon esprit étaient envahis par le souvenir des 30 000 prisonniers politiques massacrés en Iran. À ce jour, personne ne sait où ils sont enterrés. Tant de mères endeuillées sont mortes sans avoir pu retrouver la tombe de leurs enfants.
Rendre hommage aux victimes, c’est aussi rendre hommage à la détermination d’un peuple qui a été maintes fois ensanglanté, mais qui n’a jamais renoncé à sa lutte pour la liberté, et il y parviendra certainement.
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