Discours prononcé à la Fondation Luigi Einaudi en Italie
A l’invitation de la Fondation Luigi Einaudi à Rome, Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, est intervenue lors d’une conférence.
Lors de cet événement figuraient également Andrea Cangini, secrétaire général de la Fondation Luigi Einaudi, Rudy Giuliani, ancien maire de New York, et le sénateur Giulio Terzi, président de la Commission des politiques européennes du Sénat italien. Dans leurs interventions, ils ont examiné la situation critique de l’Iran, l’échec de la stratégie de survie du régime des mollahs, ainsi que les différentes dimensions de la répression intérieure, des conflits internes de la dictature cléricale et du rôle déterminant de la résistance organisée dans la transformation de la structure politique de l’Iran. Ils ont souligné la nécessité de remplacer la dictature religieuse par une république démocratique fondée sur le plan en dix points du CNRI.
Dans son discours, Andrea Cangini a déclaré :
« Il y a trois ans, le 13 juillet 2023, nous avons présenté le plan en dix points de Mme Radjavi, un plan que nous approuvons et soutenons pleinement. Parmi les dispositions de ce plan, deux principes me paraissent fondamentaux et essentiels : l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que l’établissement d’un système de gouvernement fondé sur la séparation de la religion et de l’État. »
Lors de cette réunion, Maryam Radjavi a présenté une analyse approfondie d’un régime en voie d’effondrement et a souligné que la dictature religieuse était parvenue à une impasse politique et économique insurmontable.
Les principaux points de l’intervention de Maryam Radjavi étaient les suivants :
• Pourquoi la crise politique et géopolitique de l’Iran constitue-t-elle le défi le plus important du monde d’aujourd’hui et quelle influence aura-t-elle sur l’avenir de la région et du monde ?
• Quels sont les principaux facteurs de fragilité et de crise au sein de la structure du pouvoir iranien ?
• Quelles sont les caractéristiques de l’alternative démocratique pour l’avenir de l’Iran et du programme du Conseil national de la Résistance iranienne pour la transition vers la démocratie ?
Vous pouvez consulter ci-dessous le texte intégral du discours de Maryam Radjavi :
Maryam Radjavi : Le régime clérical ne tiendra pas face au soulèvement et à la résistance organisée
Le thème de cette conférence, qui porte sur la situation actuelle en Iran, constitue l’un des défis politiques et géopolitiques les plus urgents auxquels le monde est confronté aujourd’hui. Il ne fait pratiquement aucun doute que tout changement en Iran entraînera des bouleversements profonds dans toute la région et dans le monde.
À l’heure actuelle, le régime en Iran lutte pour sa survie, tandis que le peuple iranien, comme il l’a démontré lors du soulèvement de janvier, s’efforce de le renverser pour instaurer la démocratie et la souveraineté populaire.
Ces derniers mois, certains ont affirmé à tort que le régime était sorti renforcé de la guerre. Cette affirmation n’a aucun fondement politique. Il ne s’agit en réalité que d’un écho des slogans et de la propagande du régime lui-même, qui fait passer sa survie à la guerre pour un signe de force.
Cependant, nous avons déclaré dès le début que les bombardements étrangers ne conduiraient pas à la chute du régime. Son renversement ne peut être l’œuvre que du peuple iranien et de sa résistance organisée.
Les preuves et les faits montrent que le régime se trouve dans une impasse. Il ne peut ni aller de l’avant, ni revenir en arrière.
Une crise systémique
Depuis le début du conflit, le 28 février 2026, le régime s’en est clairement servi comme d’un bouclier pour assurer sa propre survie. En instaurant un climat de guerre, il a arrêté des milliers de jeunes dissidents. Il a exécuté de nombreux manifestants ainsi que dix prisonniers politiques appartenant aux Moudjahidine du peuple.
Dans ce contexte, le régime maintient depuis des mois le déploiement des miliciens du Bassidj dans les rues afin de bloquer toute tentative de soulèvement populaire. Parallèlement, il a recouru à une série de manœuvres, notamment la suspension de son parlement trié sur le volet, pour empêcher l’escalade des querelles entre factions internes.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’instabilité du régime se fait chaque jour plus manifeste. Ce bras de fer, notamment autour de la signature du protocole d’accord avec les États-Unis, a mis en évidence une fracture majeure au plus haut niveau du régime. Même lors des funérailles de Khamenei la semaine dernière, un événement qui était censé être une démonstration d’unité, plusieurs partisans du régime ont scandé « A bas les compromis ! » à l’encontre de Massoud Pezeshkian et de Mohammad Baqer Qalibaf, et ont lancé des pierres sur leur ministre des Affaires étrangères.
À peine vingt-quatre heures après la signature de l’accord, le nouveau guide suprême des mollahs a officiellement annoncé qu’il avait, en principe, un point de vue différent.
Sur cette question précise, l’Assemblée des experts est divisée en deux camps opposés. Il s’agit de l’organe chargé de désigner le Guide suprême du régime. Sur ses quatre-vingt-quatre membres, soixante et un ont publié une déclaration s’opposant ouvertement au protocole d’accord.
Cette même division s’est propagée au sein des gardiens de la révolution et des miliciens du Bassidj, y compris parmi leurs commandants. Il y a quelques jours à peine, le représentant du Guide suprême auprès des gardiens de la révolution les a mis en garde contre toute controverse concernant l’accord. Il a ouvertement ordonné aux commandants de ne pas accuser de trahison les hauts responsables du régime.
Partout dans le pays, les imams du vendredi, qui sont les autorités politiques et religieuses les plus importantes de chaque ville et province, s’élèvent les uns après les autres contre cet accord.
En même temps, la radio et la télévision d’État sont devenues une tribune permettant d’attaquer le président fantoche de Khamenei. Les factions rivales menacent de l’assassiner ou de détruire le bâtiment du ministère des Affaires étrangères.
Ces divisions ne marquent pas l’apparition d’un nouveau problème. Elles constituent l’étape finale d’un long processus de décomposition qui s’est étendu à l’ensemble du régime. Ce n’est donc pas une crise passagère, et ne peut être résolu. Elles trouvent leurs racines dans les fondements mêmes du régime — de sa nature à sa stratégie, en passant par sa politique.
Les facteurs à l’origine de la fracture
La question est la suivante : pourquoi le régime est-il confronté à des divisions aussi profondes, et pourquoi est-il incapable de les contenir ?
Permettez-moi de mettre en avant deux facteurs. Le premier est que la société iranienne est prête à se soulever à nouveau. Le second est que l’hégémonie du Guide suprême est désormais menacée.
En ce qui concerne le premier facteur, il faut en examiner la cause fondamentale, à savoir le conflit profond qui oppose la dictature religieuse au peuple iranien et à sa résistance.
La situation ne cesse de s’aggraver en raison de l’accumulation des problèmes économiques, sociaux et environnementaux.
Ce conflit est le résultat d’un véritable bain de sang, marqué notamment par l’exécution et le massacre de cent mille membres de la Résistance iranienne et par le massacre de milliers de jeunes manifestants lors des soulèvements successifs.
De plus, au cours des quarante-huit dernières années, les conséquences d’une mauvaise gestion et d’une destruction à grande échelle se sont accumulées. Aucune des revendications politiques ou économiques des divers secteurs de la société n’a trouvé de réponse. Les droits et libertés fondamentaux de toute une nation ont été complètement bafoués.
Au cours de ses trente-sept années au pouvoir, Khamenei a aggravé tous ces problèmes et a finalement mis fin à son règne par le massacre de milliers de personnes.
En conséquence, la société iranienne est devenue une véritable poudrière, se manifestant par une succession ininterrompue de soulèvements et n’a pas connu de répit depuis quatre décennies. La trajectoire de ces soulèvements, qui éclatent à chaque fois dans des centaines de villes à travers l’Iran, montre clairement qu’ils finiront par venir à bout des forces violentes de répression et de sécurité, pour finalement renverser le régime clérical.
C’est d’autant plus vrai que la résistance organisée et ses unités de combat orientent les soulèvements vers le renversement du régime, les rendant à chaque fois plus organisés et mieux ciblés.
Au fur et à mesure de leur progression accélérée, les unités de la résistance se transforment en unités de l’Armée de la liberté et constituent aujourd’hui la force décisive du changement dans la société iranienne.
Aggravation du conflit entre les factions au pouvoir
Le conflit au sommet du régime s’intensifie, car certains souhaitent redresser l’économie en ruine afin d’empêcher les soulèvements. D’autres cependant, estiment que toute forme de réforme ne ferait qu’ouvrir la voie à de nouvelles insurrections. Ils affirment que la guerre et la répression constituent le seul moyen de mettre un terme aux manifestations.
C’est précisément pour cette raison que le régime se trouve aujourd’hui dans une impasse totale, à la croisée des chemins entre cessez la guerre ou la poursuivre.
L’autre facteur qui pousse les factions du pouvoir à s’affronter est la situation du fils de Khamenei. Ce n’est qu’en tirant parti de la situation de guerre et de l’état d’urgence qui ont suivi le décès de son père qu’il a pu devenir Guide suprême. Au moins quarante religieux, sur les quatre-vingt-quatre membres de l’Assemblée des experts, ont refusé de voter pour lui.
Un membre de l’Assemblée a admis que, lors de la séance consacrée à l’élection du Guide suprême, les votes n’avaient même pas été comptés ; au lieu de cela, un membre éminent de l’Assemblée avait rapidement jeté un coup d’œil aux bulletins de vote et annoncé que « l’Assemblée des experts a élu Mojtaba à une écrasante majorité » .
Tout comme au cours des quarante-huit dernières années, le contrôle absolu du Guide suprême repose sur la répression intérieure, le programme nucléaire et l’exportation de la guerre et du terrorisme.
Sur cette question cruciale, lui-même et une grande partie du régime considèrent que la moindre révision de cette stratégie constitue une ligne rouge à ne pas franchir. Ils estiment que tout recul ne ferait que précipiter la chute du régime. Mais une autre faction soutient que c’est la poursuite de la guerre qui entraînera la chute du régime, bien plus rapidement.
Une économie dévastée et un régime impuissant
Il convient de noter que ce conflit au sommet se déroule dans un contexte extrêmement instable, où la recrudescence des soulèvements populaires fait peser une menace imminente. Par conséquent, dès le début de la guerre récente, le régime a immédiatement déployé ses miliciens du Bassidj et ses forces mandataires, maintenant une présence importante dans les rues pendant plusieurs mois afin de réprimer toute mobilisation publique potentielle.
En effet, le régime est parfaitement conscient que les facteurs sous-jacents d’un soulèvement populaire sont plus forts que jamais. Ceux-ci vont de la colère et de la tristesse profondément ancrés au sein de la population à la suite des horribles massacres de janvier, aux profondes revendications sociales alimentées par les arrestations arbitraires, les exécutions, les coupures prolongées d’Internet et une politique économique désastreuse qui a anéanti les moyens de subsistance de la population.
En ce qui concerne l’économie iranienne, je voudrais attirer votre attention sur une réalité cruciale :
Le régime a gaspillé près d’un demi-siècle depuis la révolution antimonarchique. Au lieu d’investir dans le développement démocratique, il a mis ce temps à développer des programmes nucléaires et à construire des cités de missiles. En conséquence, l’économie du pays est aujourd’hui en chute libre.
Depuis des années, la croissance économique est négative. Depuis des années, l’économie a perdu sa capacité à créer des emplois. La monnaie est devenue l’une des plus faibles au monde. Les infrastructures du pays ont été détruites. L’environnement s’est dégradé à plusieurs égards. De nombreuses villes, dont la capitale, souffrent de graves pénuries d’eau.
Un pays qui dispose d’immenses réserves de pétrole et de gaz n’est même pas capable de subvenir à ses propres besoins énergétiques. En plaçant l’économie sous le contrôle des gardiens de la révolution et de fondations liées à Khamenei, ce régime a détruit la classe moyenne et le secteur privé indépendant.
Une longue expérience montre que ce régime est non seulement incapable de mener des réformes politiques, mais qu’il est également totalement incapable de transformer ou de redresser l’économie iranienne.
Par conséquent, même si les recettes pétrolières du régime augmentaient considérablement ou si ses avoirs gelés étaient restitués, la situation économique du pays ne s’améliorerait pas car, comme toujours, la majeure partie de ces fonds serait consacrée à la fabrication de missiles et de drones ainsi qu’au financement des forces supplétives dans la région.
Il y a à peine trois semaines, le président du régime, Massoud Pezeshkian, a ouvertement admis : « Nous avons donné vingt millions de barils de pétrole de l’État à la Force aérospatiale des gardiens de la révolution, pour qu’elle puisse se préparer. » Comme l’a précédemment déclaré Shekarchi, le porte-parole de l’état-major général des forces armées : « Pas un seul instant depuis la guerre des 12 jours notre chaîne de production de missiles n’a été à l’arrêt. »
Oui, c’est un principe fondamental : le régime n’abandonnera jamais son programme nucléaire, ni la guerre ni le terrorisme, et il ne mettra jamais fin aux arrestations, ni aux exécutions ni aux violations incessantes des droits humains. Cependant, il ne tiendra pas face aux soulèvements et à la résistance organisée.
L’alternative démocratique, le Conseil national de la Résistance iranienne, lutte pour l’instauration d’une république démocratique fondée sur la souveraineté populaire, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les genres, l’autonomie des minorités ethniques et l’abolition de la peine de mort.
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