Le point de non-retour est franchi
Le 9 février 2026, une tribune publiée par le quotidien allemand die WELT de Maryam Radjavi, figurant ci-dessous :
Par Maryam Radjavi
Ce qui se déroule actuellement en Iran n’est ni une répétition des soulèvements précédents, ni une réaction émotionnelle à une crise passagère. Ce mouvement marque une phase avancée et mûrie de la lutte populaire contre le régime – un processus entamé il y a des années et qui a désormais atteint un point de non-retour.
Jusqu’à récemment, les grandes puissances partaient du principe que le régime clérical iranien était stable et qu’un effondrement était peu probable. Aujourd’hui, pourtant, nombreux sont ceux – y compris ouvertement – qui évoquent la possibilité de cet effondrement. La décision de l’Union européenne de classer le Corps des gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste après la répression brutale des manifestations témoigne d’une nouvelle prise de conscience de la véritable situation du régime.
Deux questions fondamentales se posent alors. Premièrement : comment parvenir à un changement de régime ? Deuxièmement : quelles sont les conditions préalables à une transition pacifique – et une telle transition est-elle possible ?
Aujourd’hui, pratiquement plus personne ne croit au changement de l’intérieur. Lors de la vague de protestations de 2017, les Iraniens ont proclamé la fin de l’illusion des réformes avec le slogan : « Réformistes, radicaux, c’est fini ! »
L’autre option – l’intervention militaire étrangère – n’est pas non plus la solution à la crise iranienne, comme l’a démontré l’expérience récente. Les frappes aériennes peuvent certes affaiblir les structures du pouvoir, mais elles ne renverseront pas le régime.
Parmi toutes les options envisageables, une seule voie est réaliste : le renversement du régime par le peuple lui-même et sa résistance organisée. Cette voie est difficile, mais elle est possible – et le soulèvement le plus récent en est la preuve manifeste.
Ce soulèvement est l’aboutissement de 47 années de colère accumulée, de prise de conscience politique et d’expérience historique au sein d’une société parvenue à une conclusion définitive : le problème n’est ni une politique ni une faction, mais l’ensemble du système du Velayat-e Faqih (la suprématie du clergé). Ces protestations ont des causes évidentes : l’effondrement de l’économie nationale ; un taux d’inflation qui, selon les chiffres officiels du régime, a atteint près de 45 % ; une pauvreté généralisée ; et des crises chroniques de l’eau et de l’énergie. Le régime n’apporte aucune solution à ces problèmes, et la situation s’aggrave de jour en jour.
Une caractéristique déterminante de cette phase de protestation est la participation simultanée de différents groupes sociaux. L’extension des manifestations à 400 villes – de l’aveu même des représentants du régime – montre que le fossé entre la société et le pouvoir en place a atteint un point de rupture.
Cependant, un élément clé de ce soulèvement réside dans le rôle moteur des forces organisées, notamment la jeunesse et les Unités de Résistance. Celles-ci sont parvenues à fédérer les protestations éparses en un mouvement national, à reprendre l’initiative à l’appareil répressif dans plusieurs régions et à alourdir le fardeau de la répression pour le régime. La réponse à la question de savoir comment renverser le régime réside précisément dans ce lien entre le soulèvement populaire et une force organisée et déterminée – un lien qui s’est avéré constamment efficace tout au long de ces protestations.
Mais, face à certaines campagnes de propagande, elle n’a pas reçu l’attention qu’elle méritait.
Transfert démocratique du pouvoir
Cette force organisée est le fruit d’une lutte de plusieurs décennies, une lutte qui a coûté la vie à plus de 100 000 personnes, dont 30 000 prisonniers politiques massacrés en 1988. Ce terrible bilan témoigne de l’enracinement social, de la capacité d’organisation et de la légitimité de cette résistance au sein de la société iranienne.
La réponse à la seconde question – comment parvenir à une transition pacifique – s’appuie également sur cette même réalité. Seul un mouvement ancré dans la résistance populaire, doté d’un vaste réseau sur le terrain, d’une feuille de route claire et d’un programme défini, de capacités organisationnelles éprouvées, d’une expérience suffisante et d’une reconnaissance internationale, peut garantir un transfert du pouvoir calme et démocratique.
L’existence d’une telle alternative est la condition essentielle pour éviter le chaos. La coalition du Conseil national de la résistance iranienne, à laquelle j’appartiens, a depuis longtemps préparé et défini le cadre de la phase de transition : la formation d’un gouvernement provisoire ; L’organisation d’élections libres pour une assemblée constituante dans un délai maximal de six mois et le transfert intégral de la souveraineté aux représentants élus du peuple constituent les principes fondamentaux. Ces principes sont la séparation de la religion et de l’État, l’égalité pleine et entière entre les femmes et les hommes, la liberté des partis politiques, l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’abolition de la peine de mort.
En Iran, un retour en arrière est impossible. Une société qui a enduré près de cinq décennies de répression et de corruption structurelle est aujourd’hui plus consciente que jamais de la nécessité de la liberté et du rejet du despotisme. La jeune génération à la tête du soulèvement rejette à la fois la dictature monarchique et, depuis des années, l’illusion que le système actuel puisse être réformé. Cette génération aspire à une république démocratique.
Dans ce contexte, le rôle des femmes est déterminant. Victimes pendant des décennies de discrimination et de répression systématiques, elles sont désormais le moteur du soulèvement. Leur présence à la tête du mouvement a modifié l’équilibre psychologique des pouvoirs au sein de la société et constitue une garantie contre le retour de toute forme de despotisme.
L’Iran de demain sera une république démocratique, laïque, pluraliste et non nucléaire, en paix avec le monde.
À l’heure actuelle, la responsabilité de la communauté internationale est claire : elle doit alourdir le fardeau de la répression par des sanctions ciblées, notamment en bloquant les exportations de pétrole. Elle doit exiger que les responsables de ces crimes soient traduits en justice, expulser les agents de sécurité du régime et reconnaître le droit du peuple et de la jeunesse à se défendre contre les forces répressives. La communauté internationale doit se ranger du bon côté de l’histoire, du côté d’un peuple qui paie de son sang le prix de la liberté.
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