• Accueil / Discours et événements / Conférence au Conseil de l’Europe -«La crise du terrorisme et de l’extrémisme, les racines, les solutions, le rôle de la dictature religieuse en Iran »
28 Jan 2015

Conférence au Conseil de l’Europe -«La crise du terrorisme et de l’extrémisme, les racines, les solutions, le rôle de la dictature religieuse en Iran »

Catégories // Activités // Discours et événements

Conférence au Conseil de l’Europe -«La crise du terrorisme et de l’extrémisme, les racines, les solutions, le rôle de la dictature religieuse en Iran »

Respectables représentants,
Chers amis,

Trois semaines se sont écoulées depuis la terrible tragédie du 7 janvier à Paris, et le monde est toujours sous le choc, abasourdi.

Massacrer les journalistes devant leur bureau de travail, ouvrir le feu sur les innocents, achever les blessés, prendre des otages, intimider les citoyens et justifier tous ces crimes contre l’humanité au nom de l’Islam… Ce sont des atrocités qui ont blessé la conscience humaine alors que l’Islam est tout à fait étranger à tous ces crimes.
C’est le même terrorisme et la même sauvagerie que Khomeiny a instaurés il y a plusieurs années avec sa fatwa de mort contre un écrivain, Salman Rushdie, ses éditeurs et ses traducteurs. Cependant cette forme de barbarie est un phénomène connu et s’incarne dans le régime qui sévit dans mon pays depuis 36 ans et qui a asservi un peuple assoiffé de liberté.

L’intégrisme islamiste qui a manifesté sa vraie nature lors de la tuerie du 7 janvier à Paris, peut être examiné sous différents aspects. Les origines historiques, les raisons sociologiques de sa pérennité, les politiques internationales ayant contribué à son essor, ses traits saillants, son antagonisme fondamental avec l’Islam des lumières. Mais étant donné que les récents événements ont conduit certains observateurs à remettre en question que les méthodes actuelles utilisées pour combattre l’intégrisme islamiste, car elles ont eu un effet inverse au but recherché, je souhaite saisir l’occasion pour évoquer ce que devrait être une stratégie judicieuse et victorieuse dans la lutte contre l’intégrisme religieux. Toutefois, il convient de rappeler que mon propos va au-delà d’une discussion purement théorique, elle découle en fait d’une longue expérience de lutte et de résistance face au fascisme religieux qui sévit en Iran.

En 1993 dans un ouvrage intitulé  » le fondamentalisme islamiste : la nouvelle menace mondiale », la Résistance iranienne avait clairement montré la manière dont le régime des mollahs en Iran, après son échec dans la guerre avec l’Irak, a opté pour une stratégie de promotion de l’intégrisme islamiste dans la région, allant de la Caucase et de l’Asie Mineure jusqu’au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Mobilisant pour cela les ressources de son système à la fois dans la répression à l’intérieur et dans l’exportation du terrorisme à l’étranger. En 1995, lors d’une intervention à Oslo, j’avais moi-même souligné la menace que représentait la propagation de l’extrémisme par les mollahs de Téhéran et appelé à un « front international » contre ce phénomène funeste. Malheureusement, ni les gouvernements, ni les centres de réflexion et les intellectuels à l’époque n’ont porté attention à cet avertissement, qui découlait de l’expérience du peuple iranien dans sa confrontation avec le despotisme religieux. Il n’est pas trop tard, et la communauté internationale peut toujours tirer les leçons qu’il convient des expériences douloureuses de cette période pour s’engager dans la bonne direction.

Dans ce but, je souhaiterais évoquer quatre questions :
Premièrement, le fondamentalisme islamiste, tant dans son essence que sa pratique politique au quotidien, est en conflit déclarée avec la civilisation moderne, et c’est de cette confrontation que sera déterminé le sort de cette force réactionnaire.

Deuxièmement, le phénomène et l’essor des mouvements islamistes ne sont pas le fruit du hasard, mais l’effet de l’influence et de l’impact du régime iranien.

Troisièmement, l’intégrisme islamiste est une idéologie qui forme un tout et ne connaît pas de chiite ou de sunnite. Le critère du barbarisme et du danger fondamentaliste ne tient pas de ce qu’on présente comme chiite ou sunnite, mais de sa source qui se trouve à Téhéran.

Quatrièmement, l’éviction du régime iranien d’Irak et de la Syrie constitue le principal facteur d’une stratégie gagnante.

Une guerre de survie

Tout d’abord il faut considérer la réalité de la guerre funeste qui s’impose à nous. En Iran, la société est visée par une violation systématique des droits de l’homme, avec 1200 exécutions sous le mandat de Rohani; en Irak, nous sommes confrontés d’une part à la barbarie de Daech, et d’autre part à l’épuration ethnique conduite par les milices chiites affiliées au régime iranien; en Syrie, les massacres et les destructions causées par la dictature de Bachar Assad font chaque jour de nouvelles tragédies; et les atrocités commises ailleurs, comme en France où les journalistes de Charlie hebdo sont massacrés devant leur bureau, au Pakistan où les élèves d’une école sont assassinés en plein jour ou au Nigéria quand une ville entière est incendiée par les terroristes. Tous ces atrocités sont les différentes expressions d’un même conflit : celui de la guerre déclarée à la civilisation moderne par l’intégrisme islamiste.
Ce serait une grave erreur de croire que les 200 000 tués en Syrie ne font que sombrer ce seul pays dans l’abîme de la souffrance et de la destruction. Non, nous voyons bien les flammes de cette incendie s’étendre ailleurs, allant de l’Iran à Irak, en Syrie, au Liban et en Palestine, et à présent elles atteignent le Yémen et frappe même au cœur de l’Europe. Cette offensive destructrice provient en fait d’une force anachronique qui n’a pas sa place dans notre monde d’aujourd’hui et combat pour survivre. Sa principale tactique consiste à recourir aux crimes contre l’humanité à outrance. Du massacre de 30 000 prisonniers politiques et du vitriolage des femmes en Iran, jusqu’aux décapitations des occidentaux en Syrie, la chasse aux chrétiens en Iraq et le massacre des caricaturistes en France. Elle ne connaît ni borne, ni tempérance. Car sa survie dépend de son agressivité, et tant que ce phénomène existera, il continuera de se répandre et mener sa guerre contre l’humanité entière.

Récusé le caractère fortuit du phénomène
L’intégrisme islamiste et son développement ne sont pas le fruit du hasard. S’il a pu se transformer en une menace mondiale, c’est grâce à un terrorisme d’Etat, c’est-à-dire le régime du guide suprême iranien. Sans l’influence du régime islamiste, les mouvements anachroniques et réactionnaires n’auraient pas eu la perspective de s’imposer en une force politique destructrice. Ceci est une vérité essentielle à propos de l’intégrisme islamiste.
Dans les articles 3 et 11 et 154 de la Constitution du régime iranien, l’exportation de l’intégrisme est soulignée sous l’intitulé de « soutien sans faille aux déshérités du monde » et du « principe de l’unité du monde musulman ». Khomeiny, le fondateur de la dictature religieuse, a appelé dans son testament au renversement de tous les gouvernements du monde musulman et la création d’ « un gouvernement islamique avec des républiques libres et indépendantes ». Ali Khamenei, l’actuel guide suprême du régime, se prétend également le « guide suprême » de tous les chiites à l’extérieur de l’Iran, indiquant les velléités qu’il nourrit d’étendre son califat sur les autres pays. La Force terroriste Qods, créée il y a un quart de siècle, est l’appareil prévu pour la mise en œuvre de cette stratégie d’exportation de l’intégrisme. Les Pasdaran ont constitué neuf différents corps, correspondants chacun à l’une des pays de la région.

Les preuves qui étayent ces faits sont les suivantes :
– Les milices chiites en Irak, commanditées par Téhéran, commettent des crimes contre l’humanité aussi grave que ceux du Daech – et selon les responsables kurdes « ces milices sont pire que le Daech ».
– Le Hezbollah libanais, affilié à la Force Qods des Pasdaran, est un mouvement totalement contrôlé par la personne même d’Ali Khamenei, tant sur le plan financier que sur le plan politique.
– Les miliciens Houthistes au Yémen et le conflit qu’ils attisent pour s’emparer du pays est téléguidé par le régime iranien.
– La guerre et la répression contre le peuple syrien pour préserver Bachar Assad est essentiellement menée sous la direction des Pasdaran. Selon divers sources, le régime iranien dépense chaque mois entre un à deux milliards de dollars pour maintenir en place la dictature syrienne.
– En septembre 2014 un député du Parlement des mollahs a fait cette déclaration révélatrice : « Trois capitales arabes sont actuellement entre les mains de l’Iran, Sanaa sera bientôt le quatrième (…) Nous cherchons à unifier les pays islamiques ».
– Selon une étude effectuée sur six ans et publié en janvier 2013 par le New York Times, le traçage de chaque douille utilisée dans les guerres en Afrique conduit à l’Iran.
– Et il y a tout juste une semaine, un institut d’études sur les questions militaires en Grande-Bretagne a révélé que le régime iranien envoie des armes aux milices islamistes de Centrafrique.

En conclusion, il s’avère que tant sur le plan idéologique et politique, que sur le plan financier, militaire et logistique, le régime iranien constitue l’axe central de l’intégrisme islamiste dans le monde actuel. Il est toutefois évident que des groupes tels que le Daech n’ont pas de relations déclarées avec le régime iranien, comme celle entretenue par le Hezbollah libanais ou les milices chiites en Irak. Dans ce cas, comment peut-on postuler que l’apparition de ce groupe et ses exactions sont la conséquence de soutien des mollahs iraniens à l’intégrisme islamiste ? La réponse est la suivante : au-delà de tout lien politique et matériel concret entre ce genre de groupe avec le régime iranien, ce qui est déterminant c’est l’existence d’un pouvoir islamiste en place (c’est-à-dire celui du guide suprême) qui constitue un modèle et une source d’inspiration pour la formation de tous ces cellules islamistes. Sans un tel régime, il n’y aurait pas l’ambiance idéologique et politique propice, ni un foyer central pour l’apparition et le développement de tels groupes.

Rappelons toutefois :
– Au cours des deux dernières décennies, le régime iranien n’a pas hésité à soutenir financièrement et militairement Al Qaïda et Daech et a ouvert le chemin pour ces derniers.
– De nombreux éléments clés de ces groupes, aujourd’hui en Syrie et en Irak, avaient été hébergés pendant de nombreuses années en Iran.

Soulignons par ailleurs :
– S’il n’y avait pas eu l’aliénation et la répression féroce des sunnites en Irak par le gouvernement laquais des mollahs, il n’y aurait pas eu de terrain fertile pour l’action du Daech.
– S’il n’y avait pas eu les terribles massacres des démocrates syriens par les forces dirigées par les Pasdaran iraniens, le Daech n’aurait jamais eu un terreau propice à son développement en Syrie.
-S’il n’y avait pas eu les épurations ethniques menées par les milices chiites inféodées au régime iranien au cours des événements des derniers mois en Irak, la mobilisation des tribus sunnites aurait pu avoir lieue pour repousser l’invasion de Daech.

Nous savons que c’est l’allié des mollahs en Syrie, Bachar al-Assad, qui a ouvert la voie au développement du Daech dans ce pays. Comme il a été soulevé récemment par Laurent Fabius au Sénat français, le régime iranien fournit à Bachar Assad à la fois l’arme, l’argent et les troupes nécessaires aux tueries. En outre, il existe une collusion sous-entendue entre le régime d’Assad et le Daech, qui a conduit au cours de l’année écoulée à l’élimination par ce groupe de plusieurs milliers de membres de l’opposition démocratique syrienne. La vérité est que Téhéran tire profit, directement ou indirectement, de toute action terroriste et criminelle sous le couvert de l’intégrisme islamiste. Des massacres en Algérie dans les années 1990, jusqu’à la litanie d’attentats en Irak dans la dernière décennie, tous profitent au régime iranien. À l’inverse, partout où l’extrémisme au nom de l’Islam a été dérouté, le régime iranien l’a perçu comme un recul.

Au début du mois, après le massacre des caricaturistes à Paris, Téhéran a versé dans la surenchère et le chantage. Se faisant les porte-parole de ces crimes, les mollahs et leurs pasdaran ont menacé la France, affirmant que si elle ne change pas sa politique en Syrie, ces attentats vont se poursuivre.

Les milices chiites, principales ressorts de l’extrémisme
Pour une stratégie efficace contre l’intégrisme islamiste, il convient de faire la lumière sur un postulat infondé des tenants de la politique de complaisance envers le régime iranien. En vertu duquel, l’intégrisme sunnite est plus dangereux que le chiite, il convient donc de combattre le premier avec le concours du deuxième, et d’affaiblir l’intégrisme sunnite au profit du chiite. Cette théorie aberrante cherche en réalité à justifier la complaisance et la passivité adoptée vis-à-vis de milices pro-iraniennes et l’emprise destructrice des mollahs sur les pays de la région. C’est comme passer du mal au pire.

Elle fait suite à une théorie plus globale qui fonde la politique de certains hommes politiques américains et occidentaux et qui a conduit au désastre actuel dans la région.

Or, premièrement, s’il est vrai que le chiisme et le sunnisme ont des regards différents dans quelques domaines théologiques, leurs manifestations intégristes sont essentiellement identiques. À telle enseigne qu’ils sont tous deux favorables à la misogynie et la discrimination religieuse ; tous deux cherchent à imposer leur conception par la contrainte, contrairement aux enseignements du Coran ; tous deux appliquent des châtiments cruels conformément aux lois en vigueur aux millénaires précédents ; tous deux cherchent à créer un « califat » et une autocratie cruelle. L’un appelle cela « Velayat Faghih » (le système du guide suprême), l’autre l’appelle le « califat ». Rappelons que Khomeiny, le fondateur du régime, avait déclaré ouvertement lors d’un discours, il y a trois décennies :  » nous voulons un califat qui coupe la main, qui flagelle, qui lapide ».

Deuxièmement, observez ce qui se passe en Irak. Un pays où les milices chiites, qui se sentent en confiance avec l’appui du régime sanguinaire des mollahs, sont très virulents et agressifs. Elles sont une menace pour les fondements même de l’Irak. C’est grâce à ces milices que les mollahs sévissent actuellement dans quatre pays arabes de la région.
A Je souhaite insister une fois de plus que l’intégrisme islamiste n’a rien à voir avec la vérité du chiisme et du sunnisme. Le fondamentalisme est un dévoiement de l’Islam. Par ailleurs, étant donné que ce sont les fondamentalistes qui son au pouvoir en Iran, les milices dites chiites sont cent fois plus dangereux que les autres. Or, l’esprit véritable de l’Islam et ses premiers représentants se défendent totalement d’un quelconque lien avec ce phénomène funeste.

L’exportation de l’intégrisme islamiste : un besoin existentiel
Pourquoi les mollahs ont besoin de semer le trouble dans la région ? Pour la même raison qu’ils ont besoin de réprimer la société iranienne. Cela découle de la fragilité intrinsèque du régime, l’absence de base sociale et de légitimité politique et morale de ses dirigeants. Il y a aussi l’incompatibilité fondamentale d’un pouvoir corrompu et archaïque avec les revendications de modernité d’une société assoiffée de liberté et de démocratie. C’est ce qui fait du régime islamiste un système aux prises avec une instabilité permanente et confrontée à une société profondément mécontent.

Comme cela a été évoqué par Massoud Radjavi, le dirigeant de la Résistance iranienne : «Le régime du guide suprême ces trente dernières années s’est efforcé de combler le gouffre profond historique qui sépare le 20e et 21e siècle du Moyen-âge et du pouvoir des mollahs, avec des potences et des pelotons d’exécution, avec la guerre et l’exportation de crises, avec l’exportation de l’intégrisme et du terrorisme. Malgré tout, ce régime n’atteint pas la stabilité. »

L’objectif des mollahs pour leur bellicisme et l’exportation de l’intégrisme islamiste au-delà de leurs frontières, c’est de préserver le pouvoir à Téhéran. Cette réalité a été expliquée le mois dernier (décembre 2014) par Chamkhani, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale du régime, au lendemain de la mort d’un haut gradé des Pasdaran en Irak. Lors de ses funérailles, Chamkhani a déclaré : « Les malintentionnés demandent pourquoi devons-nous intervenir en Irak et en Syrie? La réponse à cette question est claire : si (nos commandants) ne versent pas leur sang en Irak nous serons alors obligés de verser notre sang à Téhéran, à Chiraz ou à Ispahan (…) Avant que nous soyons obligés de verser notre sang à Téhéran, il faut nous défendre en Irak et donner notre sang là-bas ».

Oui, toute la question est là : l’intégrisme islamiste a échoué en Iran. Avec le terrorisme et le bellicisme au delà de leurs frontières, les mollahs cherchent à maintenir leur pouvoir qui se traduit par la misogynie et la discrimination religieuse.

La stratégie vouée à l’échec et la stratégie victorieuse
Deux facteurs forment la stratégie de l’échec. L’un consiste à donner des signes de faiblesse par les gouvernements occidentaux vis-à-vis du programme nucléaire militaire du régime, l’autre c’est de faire participer le régime iranien dans la coalition internationale contre le Daech et cautionner son ingérence en Irak et en Syrie. Pourquoi la complaisance vis-à-vis du programme nucléaire des mollahs est dangereuse ? Parce qu’elle place l’arme nucléaire aux mains d’un fascisme religieux qui est la cause de l’instabilité dans la région et le principal soutien au terrorisme. Pourquoi il est périlleux de s’associer au régime iranien en Irak ? Parce que cela donne de la latitude à l’action du régime et pousse la région dans le gouffre des crises et des effusions de sang.

Un an après l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, j’avais mis en garde que « le danger des ingérences du régime iranien dans la région est cent fois plus grave que celui du nucléaire ». A présent je reprends ma mise en garde: associer les mollahs en Irak leur donne une arme destructrice qui est cent fois plus périlleux que l’arme atomique.

Certains hommes politiques, dans une totale naïveté, veulent encourager le régime à renoncer à l’arme nucléaire en le faisant participer aux affaires irakiennes. Certains vont jusqu’à mettre en garde que refuser de s’associer aux mollahs en Irak et chercher à l’évincer de ce pays pourra conduire à la guerre. Ce point de vue découle soit d’une erreur flagrante, soit d’une forfaiture délibérée. Car les principaux facteurs qui peuvent conduire à la guerre, c’est accorder aux mollahs, en s’associant à eux en Irak, les ressorts de l’ingérence et du terrorisme. Rappelons-nous de la deuxième guerre mondiale, quand les nazis nourrissaient des velléités de guerre, est-ce que le fait de leur donner des zones d’influence, a conduit à la paix ou à la guerre ? Et en 2003, quand les États-Unis ont envahi l’Irak, est-ce qu’en associant le régime iranien aux questions irakiennes a aidé à la stabilité et la sécurité de ce pays ? Ou bien il en a fait un tremplin pour le terrorisme et l’intégrisme émanant de Téhéran ?

Sachez que s’il n’y avait pas eu un pouvoir inféodé à Téhéran en Irak, le Daech n’aurait jamais fait son apparition dans ce pays. Et ainsi que l’a rappelé récemment le président François Hollande, si en 2013 les gouvernements occidentaux avaient réagi à temps pour arrêter le massacre des Syriens, les extrémistes n’auraient pas trouvé de terrain propice à leur essor. Oui, au lieu de réagir à temps, nous sommes malheureusement habitués à observer l’inaction et le silence coupable des responsables.

Par ailleurs, si l’Occident, au début de la révolte des population de plus de six provinces en Irak à la fin de 2012, n’avait pas adopté une attitude d’observateur neutre, et si au moment du soulèvement des tribus de la province de Al-Anbar, à la fin de 2013, quand ils avaient libéré leur province du joug de Nouri Maliki, les occidentaux n’étaient pas restés silencieux devant les crimes du dictateur irakien et avaient protégé les sunnites d’Irak; et si l’Occident, face aux ingérences et au terrorisme du régime iranien en Irak et en Syrie, n’avait pas fait montre de souplesse et de faiblesse sur toute la ligne; dans ce cas le terrain n’aurait jamais été préparé à l’emprise de Daech ni à Mossoul ni nulle part ailleurs. Et les intégristes les plus brutaux, sous l’enseigne du chiisme ou du sunnisme, n’auraient jamais pu jeter leurs affres sur les populations de la région et étendre leur barbarisme jusque dans les rues de Paris.

À présent nous revenons à notre question initiale: quelle est la stratégie victorieuse devant l’intégrisme islamiste?

Il est clair qu’en se bornant à une mobilisation purement militaire, cette stratégie n’aboutira pas. Il faut plutôt identifier où se trouvent le principal ennemi ? Où est son centre de commandement ? Quel est son idéologie ? Qui est son antithèse ? Je dois insister que tant que le régime du guide suprême n’est pas identifié comme le porte étendard de l’intégrisme islamiste et le principal ennemi de la paix et la sécurité de la région, il ne peut y avoir de stratégie gagnante. Sans s’atteler à la racine de l’intégrisme islamiste, toute initiative que nous prendrons ne visera que les branches et les feuilles de l’arbre, tandis que les racines restent. C’est pourquoi, en dépit de toutes les batailles livrées depuis le 11 septembre 2001, l’intégrisme et le terrorisme n’ont pas disparu, mais ont plutôt ressurgi.

Permettez-moi donc de résumer la réponse en quelques points :
Premièrement, il faut évincer le régime iranien de Syrie et aider les Syriens à renverser Assad. L’actuelle politique américaine consistant à éluder la dictature d’Assad et se concentrer uniquement sur Daech, ne résoudra pas le problème et ne fera qu’envenimer l’intégrisme islamiste. Sans le renversement d’Assad, la guerre contre Daech pourra peut-être l’affaiblir en Syrie, mais la tendance islamiste ira en se renforçant dans le monde. La première étape pour faire échec à l’intégrisme consiste aujourd’hui à renverser Bachar Assad.

Deuxièmement, il faut évincer le régime iranien, la force Qods et les milices chiites de l’Irak. Nous savons que le régime iranien et les milices qui lui sont inféodées contrôlent aujourd’hui une grande partie de ce pays. Et que leur de sauvagerie n’a rien à envier celui de Daech. Sans déraciner le régime iranien et ses milices de l’Irak, la guerre contre Daech pourra peut-être affaiblir ce mouvement dans ce pays, mais permettra son essor sur le plan international.

Troisièmement, il faut insister sur une approche démocratique et tolérante de l’Islam, à l’opposé des conceptions intégristes, qu’elles soient chiites ou sunnites. C’est-à-dire l’approche promue par l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’ Iran, un mouvement qui a eu un rôle essentiel dans l’échec de l’intégrisme islamiste sur le plan social et culturel en Iran. C’est ce qui fait que le régime iranien règne sur le pays non pas en s’appuyant sur les convictions de la population mais sur la baïonnette. Alors qu’à l’extérieur de l’Iran, dans des pays comme l’Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen, ce même régime, en l’absence d’un islam alternatif et démocratique, mène à bien ses politiques insidieuses en jouant sur les convictions des populations musulmanes.

Quatrièmement, la solution finale réside dans le renversement du régime iranien, considéré comme l’épicentre de l’intégrisme islamiste et du terrorisme. Si cela intervient, ni Al-Qaïda, ni Daech, ni les mollahs et ni les Houthis perdront de leur poids pour le devenir des groupes isolés et sans impact, ne représentant plus de danger pour la paix et la démocratie dans cette partie du monde. Oui, face à cette force dévastatrice, à la tête duquel il y a Téhéran, la communauté internationale doit respecter la volonté du peuple iranien et son alternative démocratique incarnée dans le Conseil national de la Résistance iranienne. La solution est la suivante : au lieu de ménager les mollahs, il faut reconnaître la volonté du peuple iranien pour le changement de régime.

Chers amis,
C’est la crainte de cette alternative qui explique l’acharnement du régime pour anéantir ou déplacer les militants d’Achraf vers le camp Liberty. Malheureusement, au cours de ces années, au lieu de se concentrer sur la principale menace à la paix et à la sécurité internationale, c’est-à-dire la dictature religieuse en Iran, les gouvernements occidentaux ont sacrifié les droits de l’homme, la liberté et la Résistance iranienne. Une erreur fondamentale et dramatique dans le combat contre le terrorisme et l’intégrisme islamiste. Nous n’oublions pas qu’en France même, pendant plus de 14 ans, la Résistance iranienne a été enchaînée avec un dossier judiciaire constitué de centaines de milliers de pages. Alors qu’au même moment, les terroristes et les islamistes pullulaient en profitant de la négligence des organes concernés. Un autre exemple frappant, c’est l’attitude qu’ont eue les États-Unis, l’Union européenne et les Nations-Unies vis-à-vis des habitants du camp d’Achraf et de Liberty. Pour ménager les mollahs, ils ont fermé les yeux sur le déplacement forcé des habitants d’Achraf, leur emprisonnement à Liberty, le blocus inhumain de ce camp et les six massacres dont ont été victimes les résistants iraniens.

Il y a deux ans, ici même, j’avais déclaré :  » Quand les gouvernements occidentaux gardent le silence sur le massacre des membres de l’opposition iranienne, c’est la sécurité de toute la région qu’ils sacrifient ». Quelle a été le résultat de ce silence ? Si non qu’elle a encouragé l’emprise des mollahs en Irak et leur insistance à construire la bombe nucléaire. C’est pourquoi, , je souhaiterais lancer un appel à vous les respectables représentants de l’assemblée parlementaire du conseil de l’Europe pour une initiative efficace afin de terminer avec le blocus inhumain du camp Liberty, notamment le blocus médical, et qu’il soit reconnu comme un camp de réfugier sous la supervision des Nations unies.

Je souhaiterais également attirer l’attention de la communauté internationale, que contrairement à la propagande des mollahs, le changement démocratique en Iran est à la portée de la main. Non pas à l’aide d’une intervention militaire étrangère, mais avec le peuple iranien et sa résistance organisée. L’Occident tarde cependant à saisir cette vérité déterminante.

Aujourd’hui le régime des mollahs est confronté à des crises profondes. Le peuple iranien rejette le système du pouvoir absolu du guide suprême et aspire à la liberté et la démocratie. Les Iraniens veulent un accès libre à Internet, l’égalité entre les hommes et les femmes et la prospérité sociale et économique. Ils réclament le changement de régime.

Le régime traverse une crise économique grave. La corruption engouffre les potentialités du système et la population de ceux qui souffrent de la faim atteint les 12 millions de personnes. Le taux d’inflation est l’une des plus élevés du monde et le chômage atteint les 40 % de la population active. En dépit de toutes ces crises, Hassan Rohani a augmenté de 50 % la part du budget des gardiens de la révolution.

Les soi-disant tenants de la « modération » au sein du régime, tels que Rohani ou Khatami, quelle que soit leur divergence avec la faction dominante, ils se rejoignent dans leur soucis de préserver des lignes rouges pour la survie du régime, dans leur respect de la constitution basée sur le principe du pouvoir absolu du guide suprême et sur la personne de Khomeiny et ses fatwa appelant au meurtre des écrivains ou au massacre des prisonniers politiques, tels qu’en 1988. Dans tous ces domaines ils ont des points communs et sont complices. Contrairement à la conception des tenants de la politique de complaisance en Occident, ces soi-disant modérée ne représentent pas une force de changement, mais sont plutôt au service du maintien du système du guide suprême. Il est tout à fait erroné de les comparer avec les opposants des autres systèmes dictatoriaux. Pour opérer le changement en Iran, il n’est point nécessaire de faire appel à une intervention étrangère.

J’appelle les gouvernements à revoir leur politique vis-à-vis de l’Iran. Ne fermez pas vos yeux sur les violations des droits de l’homme en Iran. Ne légitimez pas le régime des mollahs et ne lui apportez pas l’eau au moulin sous prétexte de relations diplomatiques et commerciales. Placez-vous plutôt aux côtés du peuple iranien dans sa quête pour les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit. Et respectez la volonté du peuple et sa Résistance pour le changement de régime.

La coalition du Conseil national de la Résistance iranienne, grâce à ses différentes composantes, notamment l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran qui prône un Islam démocratique et tolérant, incarne l’antithèse même de l’intégrisme islamiste. Cette coalition représente à la fois l’alternative politique face au régime despotique en Iran, et l’alternative culturelle face à l’intégrisme islamiste. Nous sommes respectueux de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Charte internationale pour les droits civils et politiques et les autres conventions internationales. Nous prônons la tolérance religieuse, la séparation entre l’État et la religion, l’égalité entre les hommes et les femmes et nous voulons un Iran non nucléaire.

Je vous remercie chaleureusement.

Maryam Radjavi

Maryam Rajavi

Présidente-élue du Conseil
national de la Résistance
Iranienne

En savoir plus

Derniers Tweets