23 Fév 2010

Les femmes, avant-garde du changement

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Les femmes, avant-garde du changement

Maryam Radjavi au PE : « Les femmes, avant-garde du changement démocratique en Iran »

Mme Maryam Radjavi s’est entretenue le 23 février avec les responsables de parlement européens sur la situation en Iran et la nécessité pour l’UE d’adopter une politique de fermeté pour soutenir le soulèvement du peuple iranien en vue d’un changement de régime en Iran.

Elle a été accueillie à son arrivée au Parlement européen à Bruxelles par une délégation d’europarlementaires avec à leur tête Alejo Vidal-Quadras, Vice-président du PE, Edith Bauer de la commission des droits de la femme et de l’égalité des chances, Sari Essayah, de la commission de l’emploi et des affaires sociales, Mariya Nedelcheva de la Commission des pétitions. Figuraient aussi à leurs côtés Struan Stevenson, président de l’intergroupe des Amis d’un Iran libre, Jan Zahradil, vice-président du groupe des Conservateurs et Réformistes européens, Potito Salatto et Tune Kelam.

La présidente élue de la résistance iranienne a pris part à une réunion de 150 femmes eurodéputées et assistants réunis à l’invitation d’Eva-Britt Svensson présidente de Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres pour la Journée internationale des Femmes. Voici le texte de l’intervention de Mme Radjavi :

Madame la Présidente,
Chers Amis,

Je suis très heureuse de prendre part à cette réunion pour parler de la Journée internationale des femmes à l’occasion du quinzième anniversaire de la Conférence de Pékin, en particulier parce que cette année, la Journée des Femmes s’identifie avec les femmes courageuses d’Iran.

Ces femmes sont les précurseurs du soulèvement pour renverser la dictature la plus barbare dans le monde d’aujourd’hui. Ce sont les mères qui se réunissent dans divers points de Téhéran et qui exhortent les citoyens à continuer la révolte pour la liberté. Ce sont les jeunes filles emprisonnées ces derniers mois, qui résistent aux tortures, aux insultes et aux agressions des bourreaux. Ce sont les femmes qui dirigent les gens pendant l’insurrection.

Ce n’est pas un hasard si Neda [Agha Soltan] est devenue un symbole du soulèvement populaire et si son image inspire le respect et la solidarité avec le peuple iranien dans le monde.

Les observateurs ont été tellement impressionnés par le rôle des Iraniennes depuis le début de l’insurrection que certains l’ont appelé la révolution des femmes. Cette situation n’est pas née du jour au lendemain, elle est enracinée dans une lutte de 150 ans avec les sacrifices des Iraniennes d’une part et la nature du régime au pouvoir de l’autre.

Après la chute de la dictature du chah, les femmes ont été confrontées à un régime réactionnaire dont le principal attribut est la misogynie.

La répression tragique des femmes, leur brillante résistance dans les salles de torture et sur les lieux de leur exécution, ainsi que leur présence dans le mouvement organisé de la résistance ont tous eu un impact profond sur les événements en Iran ces trente dernières années.

La lutte des Iraniennes contre la dictature religieuse a mûri dans un mouvement organisé, comme les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), qui est le principal mouvement de notre résistance. Il est entièrement dirigé par des femmes. En outre, les femmes représentent la moitié des membres du parlement de la Résistance.

De même, le camp d’Achraf, situé en Irak, où sont basés des milliers de membres de l’OMPI, est dirigé par des femmes d’avant-garde, alors qu’il est confronté à d’énormes pressions et complots de la part du régime iranien.

La persévérance d’Achraf, et particulièrement le leadership des femmes, constituent une source d’inspiration pour les femmes et les jeunes à l’intérieur du pays.

En rappelant ces expériences, j’aimerai souligner plusieurs faits importants.

Le premier concerne la participation des femmes au leadership qui alimente le dynamisme et la vitalité de la persévérance et de l’avancée de la résistance.

Le second, c’est l’impact de la présence active des femmes dans le rejet de toute capitulation face à la dictature.

Le troisième, c’est l’influence que la présence des femmes a sur l’émergence d’une nouvelle culture, un ensemble de nouvelles relations humaines et une solidarité croissante.

Le quatrième, c’est le rôle décisif des femmes dans la chute du régime en place.

Enfin, le rôle des femmes comme garant d’une démocratie et d’un développement durables en Iran.

Permettez-moi de répéter ce que j’ai dit il y a des années dans un grand rassemblement d’Iraniens à Londres en m’adressant aux mollahs au pouvoir en Iran : «Vous avez fait votre possible pour humilier, réprimer, torturer et massacrer les femmes iraniennes. Mais soyez sûrs que votre système d’oppression sera partout éradiqué par ces mêmes femmes éclairées, libérées et émancipées. »

Chers Amis,

Alors que l’insurrection se poursuit, il est nécessaire de rappeler l’attitude de la Résistance iranienne vis-à-vis de la faction vaincue du régime, ce qu’elle a été annoncée dès le début des protestations. Nous avons toujours condamné toutes les agressions à son encontre par la faction dominante. En outre, le dirigeant de la Résistance, Massoud Radjavi, a souligné, « nous nous félicitons de toute tentative de la faction vaincue pour se distancier du guide suprême. Ce n’est pas simplement un désir, mais un devoir patriotique pour prouver notre sincérité et notre engagement dans le renversement du régime ».

Les dirigeants de la faction vaincue se rangent aux côtés d’une partie de ce mouvement. Néanmoins, ils divergent avec nous dans de nombreux domaines. Au début de l’insurrection, ils ont seulement appelé à une réélection. Ils veulent voir le programme nucléaire se poursuivre et défendent la Constitution du régime du guide suprême. Cette constitution est misogyne et viole la souveraineté populaire.

En ce qui concerne les problèmes des femmes, ils ont pris de grandes distances avec les revendications des Iraniennes.

Les femmes iraniennes, bien entendu, demandent le renversement de la dictature religieuse. Je peux soulever un critère très simple : la suppression du voile obligatoire, ratifiée par le Conseil national de la Résistance d’Iran en 1987, ne sera jamais acceptée par le régime en raison de son incapacité à se réformer.

Mais, si quelqu’un recherche vraiment la liberté pour l’Iran, il doit au moins défendre un minimum de liberté, comme la liberté des femmes de choisir leurs propres vêtements.

Il y a trente et un ans, les mollahs ont institué leur dictature en imposant le voile aux femmes sous le prétexte de l’islam.

Inspiré par l’Islam authentique, nous insistons sur la liberté, y compris la liberté des femmes dans le choix de leurs vêtements et nous rejetons toute contrainte ou obligation à cet égard. C’est ce que veut dire le Coran en déclarant qu’ « il n’y a pas de contrainte en religion».

Que chaque femme soit libre de choisir ce qu’elle veut porter ou non. C’est le minimum de liberté pour les femmes iraniennes en tant qu’êtres humains.

Pour combien de temps les femmes doivent-elles être persécutées et torturées en raison de la forme et de la couleur qu’elles portent ? Ou être soumises à une agression sexuelle ?

Interroger les femmes en raison de la couleur et du type de vêtements et de maquillage et même la façon dont elles marchent ou parlent, tout comme les instructions sur le voile représentent une violation flagrante du droit des femmes iraniennes à la liberté et la sécurité.

Condamner des femmes à la prison ou à 74 coups de fouet en raison du type de vêtements qu’elles portent est une loi barbare.

Ces lois cruelles et les insultes faites aux femmes iraniennes doivent être abolies à tout jamais.

Par conséquent, nous disons à la faction vaincue que si vous êtes sincère dans vos demandes pour la liberté du peuple, la première étape sera d’accepter l’abolition du voile obligatoire.

De même tout gouvernement qui viendra au pouvoir après les mollahs devra respecter le principe selon lequel le choix de la tenue vestimentaire des femmes les concerne elles et non pas l’Etat.

Nous voulons l’instauration d’une république fondée sur la séparation de la religion et de l’Etat, le pluralisme et le respect des droits humains. Nous sommes engagés dans l’abolition de la peine de mort en Iran après la chute du régime des mollahs et nous voulons un Iran non nucléaire.

L’égalité des sexes occupe une place importante dans nos conceptions et nos programmes pour l’Iran de demain. Le détail de ces points sont à votre disposition. Dans l’Iran de demain, toutes les libertés individuelles pour les femmes devront être reconnues, y compris la liberté de choisir sa tenue vestimentaire, la liberté de croyance et de religion, et la liberté de se marier et de divorcer, ainsi que la liberté de choisir un métier et de voyager. Nous croyons à l’égalité complète des droits entre les femmes et les hommes dans les domaines social, politique, culturel et économique. Nous soulignons en particulier que les femmes doivent participer à égalité à la direction politique du pays.

Les femmes, avant-garde du changement

Chers Amis,

La dictature des mollahs a renforcé la répression et le terrorisme dans tous les domaines pour tenter d’empêcher son renversement.

A l’intérieur de l’Iran, il a recours à des arrestations massives ainsi que des pressions et de la torture accrues sur les prisonniers politiques. Simultanément, il a envoyé des équipes d’agents du ministère du Renseignements et de la Force terroriste Qods devant le camp d’Achraf, pour y mener une ignoble guerre psychologique visant à préparer le terrain d’une nouvelle série de massacres des résidents d’Achraf.

En Irak, il tente de détourner les prochaines élections législatives de mars. Il a également accéléré son programme d’armes nucléaires et étendu la portée de ses missiles vers l’Europe.

La vérité, c’est qu’aujourd’hui, la mise à l’écart du principal obstacle à la démocratie et la liberté en Iran et l’élimination du grave danger pour la paix et la sécurité dans le monde ont fusionné dans une seule question.

Face à ce danger, nous savons tous que les pourparlers de la troïka européenne ces dernières années, les offres de paquets de mesures incitatives des 5 +1 et les tentatives de rapprochement des Etats-Unis l’an dernier, ont tous échoué à donner des résultats autre que celui d’encourager la théocratie. Ils ont également échoué à empêcher les mollahs de se rapprocher de la bombe atomique.

Nous avons déclaré depuis longtemps que pour contenir ce danger il n’y a qu’une seule option : celle du changement de régime, ce qui implique un changement démocratique par le peuple iranien et sa Résistance.

Nous avons souligné, depuis de nombreuses années, la nécessité d’imposer des sanctions pétrolières, commerciales, technologiques et en armes à ce régime.

Malheureusement, en raison de leurs intérêts à court terme, les gouvernements occidentaux ont ignoré cette terrible menace. Pis encore, ils ont pratiqué la complaisance avec le mal absolu qu’est le système du guide suprême dans le but de l’amadouer ; ils ont même pris part à la répression de la résistance.

Heureusement, ont entend aujourd’hui des appels croissants pour imposer des sanctions au régime et bloquer les gardiens de la révolution.

Mais, ces appels ne seront pris au sérieux que si l’Union européenne et les Etats-Unis s’engagent dans des mesures spécifiques et sérieuses. Ces mesures ne dépendent même pas de l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Elles peuvent être lancées d’ici même en Europe.

Par conséquent, au nom de tout le peuple insurgé d’Iran, en particulier des femmes iraniennes, j’appelle le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne à :

1. Prendre des mesures efficaces et pratiques face à la vague de répression, d’arrestations, de simulacres de procès, la condamnation d’opposants sur l’accusation de Mohareb, « ennemi de Dieu», et les exécutions de prisonniers politiques.

A cette fin, je propose que le Parlement européen forme un comité spécial pour s’occuper des violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme en Iran, y compris les conditions d’incarcération, les prisonniers politiques, les familles des prisonniers et de militants politiques et les familles des résidents d’Achraf.

2. Mener une enquête exhaustive sur les conditions des prisonnières politiques en Iran, en particulier sur les viols systématiques et prémédités des détenues.

3. Fermer ses institutions importantes et actives de soutien opérant en Europe, afin de contrebalancer la répression du peuple iranien par les gardiens de la Révolution. Les gardiens ont de nombreuses sociétés écrans en Europe qui sont actives en France, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Italie. Elles sont impliquées dans les achats d’équipements et de matériel pour la répression, ainsi que dans le développement d’armes nucléaires et de missiles balistiques. Nous attendons du Conseil des ministres qu’il ferme toutes ces sociétés.

4. Prévenir le développement de l’influence des gardiens de la révolution en Irak s’impose à tous les égards. Il est de notoriété publique qu’après avoir occupé l’Irak, les Etats-Unis ont commis une faute encore plus grande en donnant une part de la direction de l’Irak aux agents des mollahs et à une partie de la Force Qods.

Aujourd’hui, le plus haut commandant américain dans la région admet que le comité qui a éliminé les dirigeants de partis nationalistes irakiens de la liste des candidats aux élections est affilié à la Force Qods. Néanmoins, les Etats-Unis continuent de dialoguer avec les mêmes éléments de la force Qods en Irak.

5. Mettre fin au réseau de renseignement du régime des mollahs dans divers pays de l’UE. Ils sont activement engagés dans l’espionnage de l’opposition et à limiter la marge de manœuvre de la société iranienne. Les services occidentaux sont parfaitement au courant des détails de leurs activités. Les espions de la dictature religieuse forment des cellules dormantes du terrorisme contre les peuples d’Europe. Le temps est venu de les déraciner.

Afin de mettre en œuvre la résolution du 24 avril 2009 du Parlement européen, j’appelle le Conseil de l’Union européenne à demander aux Nations Unies d’assumer la protection des résidents d’Achraf afin de contrecarrer la campagne intensive du régime et de ses agents irakiens pour détruire le camp. Le Conseil doit également garantir cette protection et fournir à l’ONU les moyens nécessaires de la mettre en œuvre.

Je vous remercie.

Maryam Radjavi

Maryam Rajavi

Présidente-élue du Conseil
national de la Résistance
Iranienne

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